La CEDH se prépare à un afflux massif de recours post-putsch en Turquie et établit de nouvelles règles de dépôt
La Cour européenne des droits de l’homme (CEDH) a annoncé vendredi qu’elle imposerait à partir du 1er janvier 2026 des règles administratives spéciales pour gérer ce qui pourrait devenir une vague massive de recours similaires liés aux licenciements de la fonction publique turque après le putsch avorté de 2016.
Special measures for processing large influx of applications against Türkiye concerning dismissal of civil servantshttps://t.co/OCyOmjTPA3#ECHR #CEDH #ECHRpress pic.twitter.com/wCaC7h1eeh
— ECHR CEDH (@ECHR_CEDH) December 19, 2025
Dans un communiqué publié par son greffe, la Cour basée à Strasbourg a indiqué avoir reçu un « nombre substantiel » de requêtes depuis mi-octobre 2025 émanant de fonctionnaires, juges, militaires et autres agents publics licenciés après la tentative de coup d’État de 2016.
La Cour a précisé que ce récent afflux fait suite à l’issue des procédures internes en Turquie, notamment des arrêts majeurs de la Cour constitutionnelle en date du 29 mai 2025 et du 16 juillet 2025.
Selon les nouvelles mesures, les requérants de cette catégorie doivent soumettre une page de garde séparée pour chaque demandeur, remplir électroniquement le formulaire officiel de requête de la CEDH, imprimer les deux documents et les déposer ensemble. La page de garde comportera un QR code unique pour le traitement administratif.
La Cour a indiqué que les requérants doivent fournir une adresse email pour permettre au greffe de communiquer via son Service de communications électroniques, sauf justification de contraintes particulières dans le formulaire. Elle a précisé que les requérants omettant la page de garde devraient s’attendre à des retards.
La Turquie a lancé des purges massives après la tentative de coup d’État du 15 juillet 2016, qu’elle a imputée au mouvement Gülen, un groupe confessionnel inspiré par l’intellectuel musulman Fethullah Gülen, décédé aux États-Unis en octobre 2024.
Le mouvement Gülen, reconnu mondialement pour ses contributions à l’éducation, à l’action sociale et au dialogue interreligieux, nie toute implication dans le putsch.
Le président turc Recep Tayyip Erdoğan cible les sympathisants du mouvement Gülen depuis les enquêtes pour corruption des 17-25 décembre 2013, qui avaient impliqué l’ex-Premier ministre Erdoğan, des membres de sa famille et son cercle proche.
Qualifiant ces enquêtes de coup d’État güleniste et de complot contre son gouvernement, Erdoğan a commencé à prendre pour cible le mouvement.
Le gouvernement d’Erdoğan a classé le mouvement comme « organisation terroriste » en mai 2016, avant le putsch avorté, une désignation non reconnue par d’autres gouvernements et les principales instances internationales, dont les États-Unis et l’Union européenne.
Les sympathisants du mouvement, également appelés partisans du Hizmet (Service), affirment avoir été injustement pris pour cible dans une campagne de persécution politique visant à museler toute dissidence et à consolider le pouvoir. La purge post-coup a conduit à des centaines de milliers d’enquêtes et des dizaines de milliers d’emprisonnements pour des accusations de terrorisme largement perçues comme motivées politiquement.
Invoquant des raisons de sécurité nationale, le gouvernement a déclaré l’état d’urgence et révoqué plus de 130 000 fonctionnaires, dont 4 156 juges et procureurs, par décret après le putsch, ainsi que 24 000 membres des forces armées. Ces décisions ont été prises sans contrôle judiciaire, souvent sur la base de critères tels que l’utilisation d’une application de messagerie, la détention d’un compte dans une banque liée au mouvement Gülen ou l’appartenance à certains syndicats. L’état d’urgence a été prolongé sept fois avant de prendre fin en juillet 2018.
Les groupes de défense des droits humains et les experts juridiques critiquent depuis longtemps la procédure de recours interne exigée par la Cour dans de nombreux cas liés aux purges, estimant qu’elle retarde l’accès à Strasbourg sans offrir de recours effectif.
Après la tentative de putsch, la Turquie a créé une Commission d’enquête sur l’état d’urgence pour examiner de nombreux cas de licenciement effectués sous les décrets d’urgence.
Dans une décision de 2017, la Cour européenne a rejeté un recours pour licenciement au motif que les voies de recours internes n’avaient pas été épuisées, estimant que la nouvelle procédure devant la commission devait d’abord être utilisée.
Amnesty International a déclaré que la Commission d’enquête sur l’état d’urgence n’était pas conçue pour offrir une réparation rapide ou équitable.
Une analyse de la Plateforme commune des droits humains publiée en 2017 affirmait que la fonction principale de la commission était de gagner du temps pour le gouvernement et de prolonger la voie vers Strasbourg, avertissant que la procédure devant la commission et les recours judiciaires pouvaient s’étaler sur près d’une décennie.
La CEDH a cependant considéré la commission comme un recours interne que les requérants doivent d’abord épuiser, une position que les critiques estiment avoir retardé l’examen par Strasbourg tandis que des dizaines de milliers de cas s’accumulaient.
La Cour européenne a précisé que la mesure annoncée vendredi concerne le traitement administratif et ne préjuge pas du fond des affaires individuelles.
Cet article a été traduit de sa version originale depuis le site Turkish Minute.
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