Cet article est republié depuis le Stockholm Center for Freedom.
La CEDH interroge la Turquie sur les violations présumées des droits lors des licenciements post-coup d’État
La Cour européenne des droits de l’homme (CEDH) a adressé au gouvernement turc des questions concernant des requêtes alléguant des violations des droits lors du licenciement d’un groupe d’employés durant l’état d’urgence déclaré après une tentative de coup d’État en 2016.
La Cour a demandé à la Turquie si les tribunaux nationaux avaient effectué un contrôle judiciaire effectif des licenciements et si les procédures respectaient les garanties d’un procès équitable. Elle s’est également interrogée sur le caractère injustifié de ces licenciements au regard du droit au respect de la vie privée et familiale des requérants. Ces questions ont été communiquées au gouvernement turc le 13 mai, les documents ayant été rendus publics ce lundi.
Les requérants, 18 anciens employés du TÜBİTAK (Conseil de la recherche scientifique et technologique de Turquie) et d’ASELSAN, principal contractant turc en électronique de défense, ont été licenciés sans indemnité après la tentative de coup d’État pour des motifs de « juste cause » ou de « suspicion ».
Les requêtes invoquent principalement des violations du droit à un procès équitable (article 6 de la Convention européenne des droits de l’homme), tandis que plusieurs requérants dénoncent également des atteintes à l’article 8 garantissant le droit au respect de la vie privée et familiale.
Les tribunaux du travail turcs et les cours régionales d’appel ont confirmé ces licenciements en s’appuyant sur des décrets-lois d’urgence ou des procédures pénales en cours, tandis que la Cour constitutionnelle turque a rejeté les requêtes comme infondées ou incompatibles avec les dispositions constitutionnelles.
Les requérants affirment que les tribunaux n’ont pas procédé à un contrôle judiciaire effectif des motifs de leur licenciement et leur ont refusé la possibilité de contester valablement les accusations. Plusieurs soulignent que leurs licenciements étaient liés à leur vie privée et ont gravement nui à leur réputation professionnelle et sociale.
La CEDH avait déjà statué en février que la Turquie avait violé le droit à un procès équitable de Mehmet Kandemir, ancien employé du TÜBİTAK, les tribunaux nationaux n’ayant pas effectué de contrôle judiciaire effectif lors de la confirmation de son licenciement post-coup d’État.
La Turquie a connu une tentative de coup d’État militaire controversée dans la nuit du 15 juillet 2016. Le président Recep Tayyip Erdoğan a immédiatement accusé le mouvement Gülen, inspiré par le religieux basé aux États-Unis Fethullah Gülen, d’avoir orchestré ce complot et intensifié la répression contre ses sympathisants. Le mouvement dénie fermement toute implication dans cette tentative de putsch ou dans des activités terroristes.
Ce coup d’État avorté a fait 251 morts et plus d’un millier de blessés. Dès le lendemain matin, le gouvernement turc a lancé une purge massive visant des officiers militaires, juges, policiers et autres fonctionnaires. Selon les chiffres officiels, 150 des 326 généraux et amiraux des forces armées turques, plus de 24 000 officiers ainsi que 4 156 juges et procureurs ont été sommairement limogés par décrets-lois d’urgence pour des liens présumés avec des « organisations terroristes ».
Selon les derniers chiffres du ministère de la Justice, plus de 126 000 personnes ont été condamnées pour des liens présumés avec le mouvement Gülen depuis 2016, dont 11 085 sont toujours emprisonnées. Des procédures judiciaires sont en cours contre plus de 24 000 personnes, tandis qu’environ 58 000 autres font l’objet d’enquêtes actives près d’une décennie plus tard.
Cet article a été traduit de sa version originale depuis le site Turkish Minute.
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