La CEDH demande à la Turquie de répondre dans l’affaire concernant la détention provisoire d’İmamoğlu
La Cour européenne des droits de l’homme (CEDH) a demandé au gouvernement turc de répondre à une requête déposée par le maire emprisonné d’Istanbul Ekrem İmamoğlu, marquant une nouvelle étape dans l’affaire concernant sa détention provisoire.
İmamoğlu, 54 ans, a été arrêté en mars 2025 le jour même où le principal parti d’opposition, le Parti républicain du peuple (CHP), l’a officiellement désigné comme candidat à la présidence, une décision qualifiée par les critiques de manœuvre visant à l’écarter avant les prochaines élections.
Ses diverses objections contre sa détention provisoire et son maintien en détention ont été rejetées. Son recours contre l’ordre de confidentialité sur le dossier d’enquête reste en suspens, tout comme sa requête individuelle déposée le 13 mai 2025 devant la Cour constitutionnelle turque.
İmamoğlu a saisi la Cour de Strasbourg le 10 novembre 2025.
Dans une notification adressée à Ankara et rendue publique lundi, la CEDH a indiqué que l’affaire concerne l’emprisonnement d’İmamoğlu pour des accusations incluant la direction d’une organisation criminelle, la corruption, les marchés truqués et le traitement illégal de données personnelles.
İmamoğlu v. Türkiye
Notification to the Government of Türkiye of case brought by Ekrem İmamoğlu
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— ECHR CEDH (@ECHR_CEDH) April 13, 2026
La cour a également publié un exposé des faits et une liste de questions pour les parties.
Cette démarche, appelée « communication » d’une affaire, signifie que la cour a formellement demandé les observations du gouvernement mais n’implique pas que la requête soit recevable ou qu’une violation des droits ait eu lieu.
Dans sa requête, İmamoğlu affirme qu’aucune preuve dans le dossier ne soutient les accusations contre lui. Il soulève également plusieurs griefs concernant sa détention provisoire, notamment l’accès restreint au dossier d’enquête et ce qu’il décrit comme un manque de contrôle judiciaire effectif, citant des dispositions de la Convention européenne des droits de l’homme relatives au droit à la liberté et à la sécurité.
Il soutient en outre que sa détention est politiquement motivée et a été ordonnée après qu’il ait annoncé sa candidature à la présidence pour une future élection.
Selon İmamoğlu, les poursuites pénales et son maintien en détention l’ont empêché de mener activement campagne, le plaçant en situation de désavantage et portant atteinte à son droit à des élections libres.
La CEDH a notifié la requête au gouvernement turc le 23 mars et lui a demandé de répondre à une série de questions incluant l’existence de soupçons raisonnables justifiant la détention, si les tribunaux ont fourni des motifs suffisants pour son maintien et si İmamoğlu a eu accès à des recours juridiques effectifs.
La cour s’est également référée à son arrêt de décembre 2020 dans l’affaire du politicien kurde emprisonné Selahattin Demirtaş, ancien co-président du Parti démocratique des peuples (HDP) et deux fois candidat à la présidence, où elle avait conclu que sa détention poursuivait un motif politique.
Dans ce contexte, la CEDH a demandé au gouvernement turc si la détention d’İmamoğlu était similairement motivée politiquement et si elle portait atteinte à sa capacité de se présenter aux élections présidentielles et de participer effectivement au processus électoral.
Selon un communiqué du CHP, la formulation de ces questions suggère que la cour pourrait considérer cette affaire comme une ingérence potentielle dans les processus démocratiques et le droit à la représentation politique.
La cour a également demandé la communication de documents pertinents du dossier d’enquête.
İmamoğlu, élu maire d’Istanbul en 2019 et réélu en 2024, est largement perçu comme le principal rival politique du président Recep Tayyip Erdoğan.
Sa détention a suscité des critiques de la part d’opposants et d’organisations de défense des droits, qui estiment que l’affaire est politiquement motivée, tandis que les autorités turques insistent sur l’indépendance de la justice.
Le procès d’İmamoğlu et de 406 autres personnes a commencé le 9 mars devant un tribunal situé dans le complexe pénitentiaire de Marmara à Silivri, en périphérie d’Istanbul.
L’acte d’accusation reproche à İmamoğlu d’avoir dirigé une organisation criminelle et inclut des charges de corruption, marchés truqués, détournement de fonds et espionnage, les procureurs demandant une peine cumulée pouvant aller jusqu’à 2 430 ans de prison.
Les critiques affirment que cette affaire criminalise une activité politique légitime et fait partie d’une répression plus large contre l’opposition suite aux bons résultats du CHP aux élections locales de mars 2024.
Le procès devrait durer 45 jours.
La CEDH statuera sur cette affaire à une date ultérieure.

İmamoğlu v. Türkiye
Notification to the Government of Türkiye of case brought by Ekrem İmamoğlu



