Hidayet Karaca, dirigeant médiatique, entame sa 11e année de prison pour des liens présumés avec le mouvement Gülen
Hidayet Karaca, ancien journaliste et PDG du groupe médiatique Samanyolu, a entamé sa 11e année de prison en Turquie.
Karaca, incarcéré à la prison de Marmara dans le district de Silivri à Istanbul, tristement célèbre pour son grand nombre de prisonniers politiques, a passé plus de neuf ans dans une cellule individuelle. Il dirigeait auparavant la chaîne Samanyolu TV, qui diffusait des reportages critiques envers le gouvernement du président Recep Tayyip Erdoğan avant son emprisonnement illégal en décembre 2014, une décision qualifiée de politiquement motivée par le Comité pour la protection des journalistes (CPJ).
En 2017, un tribunal d’Istanbul a condamné Karaca à plus de 31 ans de prison pour le scénario d’une série télévisée diffusée par Samanyolu TV, l’accusant notamment d’appartenance à une organisation terroriste en raison de ses liens présumés avec le mouvement Gülen.
En juin 2018, la 4e Cour pénale lourde d’Ankara a infligé à Karaca une peine de prison à perpétuité aggravée pour tentative de renversement de l’ordre constitutionnel. Sa peine a ensuite été confirmée par la Cour régionale de justice d’Ankara en novembre 2020 dans le cadre d’une affaire visant 75 personnes accusées de liens avec le mouvement. Le 4 juin 2022, il a été condamné à près de 297 ans de prison à l’issue d’un procès initié par le gouvernement.
Erdoğan cible les sympathisants du mouvement Gülen, un groupe inspiré par la foi du regretté prédicateur musulman Fethullah Gülen, depuis les enquêtes pour corruption des 17-25 décembre 2013, qui impliquaient alors le Premier ministre Erdoğan, des membres de sa famille et son cercle proche.
Qualifiant ces enquêtes de coup d’État güleniste et de complot contre son gouvernement, Erdoğan a désigné le mouvement comme une « organisation terroriste » et a commencé à s’en prendre à ses membres. Il a emprisonné des milliers de personnes, dont de nombreux procureurs, juges et policiers impliqués dans l’enquête, ainsi que des journalistes qui en ont rendu compte.
Erdoğan a intensifié la répression contre le mouvement après la tentative de coup d’État du 15 juillet 2016, qu’il a attribuée à Gülen. Le mouvement nie fermement toute implication dans cette tentative de putsch ou toute activité terroriste.
La Cour de cassation dans un arrêt du 28 juin 2022 a décidé d’annuler la peine de prison à perpétuité aggravée infligée à Karaca au motif qu’il était en prison au moment de la tentative de coup d’État et n’y était pas impliqué. Pourtant, la haute cour a suggéré la peine maximale pour lui pour appartenance à une organisation terroriste en raison de ses liens présumés avec le mouvement Gülen.
Malgré cela, la 4e Cour pénale lourde d’Ankara a de nouveau condamné Karaca et les autres accusés le 11 juillet 2025, prononçant des peines de prison à perpétuité aggravée pour tentative de renversement de l’ordre constitutionnel.
La Cour européenne des droits de l’homme (CEDH) a conclu en 2023 une requête déposée par Karaca pour sa détention arbitraire en 2015, estimant que sa détention constituait une violation de ses droits.
La cour a ordonné à la Turquie de verser 12 000 euros à Karaca à titre de dommages et intérêts non pécuniaires, en plus de 6 000 euros pour frais et dépenses. Toutefois, la décision de la CEDH ne concerne pas la libération du journaliste, car elle porte sur sa période initiale de détention, c’est-à-dire sa situation avant sa condamnation.
Après avoir épuisé tous les recours nationaux concernant la peine infligée à Karaca, lui et ses avocats ont déposé une nouvelle requête auprès de la CEDH début 2023. Une demande de libération ne pourra être formulée qu’après la conclusion de cette requête.
La Turquie se classe 159e sur 180 pays dans l’Indice mondial de la liberté de la presse 2025 publié par Reporters sans frontières.
Cet article a été traduit de sa version originale depuis le site Turkish Minute.
Et vous, qu'en pensez-vous ?




