En Turquie, la majorité de la population s’autocensure dans ses appels et en ligne par crainte de la surveillance et des poursuites, révèle une enquête
Plus de la moitié des Turcs affirment avoir fait l’objet de poursuites judiciaires pour avoir exprimé leurs opinions, selon une récente enquête qui met en lumière une autocensure généralisée et une érosion de la confiance dans la liberté d’expression dans le pays.
Les résultats révèlent une autocensure qui s’est infiltrée dans la vie quotidienne, avec plus de quatre personnes sur cinq déclarant modifier leur façon de s’exprimer lors d’appels téléphoniques par crainte de la surveillance, tandis que près de la moitié affirment réfléchir à plusieurs reprises avant de publier des contenus politiques en ligne.
L’enquête, menée en ligne par Saha Araştırmaları Merkezi entre le 23 mars et le 10 avril, a interrogé 760 personnes, dont environ 68 % étaient titulaires d’au moins un diplôme universitaire.
Les effets dépassent les cibles directes : 90,5 % des répondants ont déclaré connaître une personne ayant subi des sanctions judiciaires en raison de ses opinions.
Près de sept personnes sur dix (69,7 %) estiment que critiquer l’État est « définitivement dangereux », tandis que l’affirmation « Les Turcs peuvent exprimer librement leurs pensées » n’obtient qu’une note de 1,6 sur 5.
Les répercussions judiciaires constituent le principal motif d’autocensure, cité par un quart des répondants, suivi par la crainte de perdre son emploi (20,1 %) et les menaces émanant de groupes formels ou informels (18,8 %).
Les autorités turques utilisent de plus en plus les lois criminalisant l’insulte aux représentants de l’État, la désinformation et la propagande terroriste pour poursuivre les opposants politiques, les journalistes et les défenseurs des droits humains.
Une augmentation particulièrement marquée concerne les accusations d’insulte au président ou aux institutions de l’État. En 2014, lorsque Recep Tayyip Erdoğan a été élu président, seules 132 personnes avaient été poursuivies pour ce motif. Depuis l’adoption du système présidentiel en 2018, ce nombre a explosé, atteignant 44 717 cas en 2020 et 59 780 en 2025.
Les organisations internationales et les défenseurs des droits humains, dont le Conseil de l’Europe, l’Union européenne et Amnesty International, ont régulièrement exprimé leurs préoccupations concernant les restrictions à la liberté d’expression et les entraves à la vie associative en Turquie.
Cet article est republié du Stockholm Center for Freedom.




