Des procureurs turcs ordonnent la détention de 9 personnes malgré l’arrêt de la CEDH sur l’utilisation d’une application de messagerie
Les procureurs turcs ont ordonné la détention de neuf personnes pour utilisation d’une application de messagerie cryptée, malgré les arrêts de la Cour européenne des droits de l’homme (CEDH) stipulant que cela ne suffit pas à établir une appartenance à une organisation terroriste, rapporte le Stockholm Center for Freedom.
Le procureur général d’Ankara a ordonné ces détentions dans le cadre d’une enquête sur ce que les autorités décrivent comme le réseau civil du mouvement Hizmet, une communauté religieuse que la Turquie désigne comme une « organisation terroriste ».
Le président turc Recep Tayyip Erdoğan cible les sympathisants du mouvement Gülen, inspiré par le regretté clerc musulman Fethullah Gülen, depuis que des enquêtes pour corruption en décembre 2013 l’ont impliqué ainsi que certains membres de sa famille et de son cercle proche. Il a qualifié ces enquêtes de complot des sympathisants du mouvement Gülen avant de désigner officiellement le mouvement comme une « organisation terroriste » en mai 2016, intensifiant une répression massive après un coup d’État avorté en juillet de la même année qu’il a attribué à Gülen. Le mouvement nie toute implication dans cette tentative de putsch ou dans toute activité terroriste.
Les procureurs ont déclaré que les suspects avaient été identifiés comme ayant supposément utilisé l’application de messagerie cryptée ByLock, que les autorités considèrent comme une preuve d’appartenance.
Les autorités turques considèrent ByLock comme un outil de communication secret parmi les sympathisants du mouvement Gülen depuis la tentative de coup d’État du 15 juillet 2016, malgré l’absence de preuves que les messages ByLock étaient liés à ce putsch avorté.
Bien que la CEDH ait clairement indiqué dans de nombreux cas que l’utilisation de l’application ByLock ne constitue pas une infraction pénale, les détentions et arrestations se poursuivent en Turquie pour simple utilisation présumée de cette application.
Cette décision intervient après une série d’arrêts de la Cour européenne, dont un jugement historique en 2023 dans l’affaire Yüksel Yalçınkaya, qui a estimé que les tribunaux turcs s’étaient trop largement appuyés sur la seule utilisation de ByLock pour prononcer des condamnations. La Cour a déclaré qu’une telle approche ne répondait pas à l’exigence selon laquelle la responsabilité pénale doit être fondée sur des preuves suffisamment claires, individualisées et prévisibles.
Dans cet arrêt, la Cour a estimé que le simple fait de considérer l’utilisation de l’application comme une preuve décisive d’appartenance à une organisation armée, sans examiner le contenu des messages ou le comportement spécifique de l’individu, violait l’article 7 de la Convention européenne des droits de l’homme, qui protège contre les punitions sans base légale claire.
Des jugements ultérieurs, y compris des affaires impliquant de nombreux requérants, ont confirmé ces conclusions, soulignant que des éléments tels que l’utilisation présumée de ByLock, des activités bancaires ou un emploi dans certaines institutions ne peuvent à eux seuls établir une appartenance criminelle sans une évaluation détaillée au cas par cas.
Les analystes juridiques estiment que ces dernières ordonnances de détention suggèrent que les pratiques critiquées par la Cour européenne pourraient toujours être en usage, notamment dans les enquêtes où les outils numériques sont traités comme des indicateurs primaires de liens organisationnels.
Cet article a été traduit de sa version originale depuis le site Turkish Minute.
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