Des groupes de presse exhortent l’UE à assouplir les règles de visa pour les journalistes turcs
Des organisations internationales de presse et de défense des droits humains ont appelé l’Union européenne à réformer ses politiques de visa pour les journalistes turcs, affirmant que le système actuel isole les reporters et restreint la liberté de la presse.
Dans une lettre commune publiée jeudi, l’International Press Institute (IPI), les partenaires du Media Freedom Rapid Response (MFRR) et une coalition d’organisations pour la liberté de la presse et des droits humains ont exprimé leurs inquiétudes concernant les obstacles persistants aux visas auxquels sont confrontés les journalistes turcs.
La lettre indique que cette question a été soulevée à plusieurs reprises lors d’une récente mission internationale pour la liberté de la presse en Turquie, mettant en lumière ce que les groupes décrivent comme une « contradiction criante » entre l’engagement de l’UE à soutenir les médias indépendants dans les pays candidats et des politiques de visa qui entravent la mobilité professionnelle des journalistes.
Les groupes ont déclaré que la pression sur les médias turcs restait forte en 2025, poursuivant une longue tradition d’hostilité envers le journalisme indépendant.
Le pays occupait la deuxième place pour le nombre de violations de la liberté de la presse documentées sur la Plateforme pour la sécurité des journalistes du Conseil de l’Europe et la troisième sur la base de données Mapping Media Freedom.
Ils ont affirmé que le journalisme indépendant est de plus en plus criminalisé à travers des accusations vaguement définies de « désinformation » et de « terrorisme », ainsi que des détentions arbitraires, des violences policières et des amendes visant les médias critiques.
Dans ce contexte, les groupes ont souligné qu’une procédure de visa simplifiée constitue une « bouée de sauvetage vitale » pour les journalistes turcs, leur permettant de tisser des réseaux internationaux, participer à des formations et bourses, et collaborer avec des médias étrangers.
Cependant, ils ont dénoncé un régime de visa actuel marqué par des procédures longues, coûteuses et imprévisibles, contribuant à l’isolement professionnel des journalistes.
Selon la lettre, les demandeurs peuvent attendre jusqu’à six mois pour obtenir un rendez-vous visa, suivi de délais de traitement pouvant atteindre deux mois supplémentaires, les empêchant souvent de participer à des événements internationaux.
Les journalistes rapportent également recevoir des visas valables uniquement pour des voyages uniques ou faire face à des refus inexpliqués. Les pigistes sont particulièrement touchés en raison d’un manque de reconnaissance institutionnelle, certains étant invités à demander des visas d’affaires mais ensuite rejetés pour ne pas avoir fourni des documents d’enregistrement d’entreprise inapplicables au journalisme indépendant.
Les groupes ont également évoqué le fardeau financier créé par des demandes répétées et des coûts élevés, en particulier pour les journalistes pigistes et les petits médias, avertissant que ces obstacles affaiblissent la coopération transfrontalière.
Appelant à l’action, les organisations ont exhorté les institutions européennes à reconnaître que la mobilité journalistique sert l’intérêt public et ne devrait pas être traitée comme une simple formalité bureaucratique.
Elles ont proposé la création d’un « couloir de visa » ciblé pour les professionnels des médias reconnus et demandé à la Commission européenne d’établir un mécanisme de facilitation dédié, d’émettre des visas de long séjour à entrées multiples, de simplifier les exigences documentaires et d’accélérer les délais de traitement pour les activités professionnelles urgentes.
« Garantir la mobilité journalistique n’est pas une innovation radicale », indique la lettre, la décrivant comme une mesure pratique pour soutenir les médias indépendants et la responsabilité démocratique.
La lettre a été signée par un large éventail d’organisations, dont l’IPI, le Centre européen pour la liberté de la presse et des médias, la Fédération européenne des journalistes, la Fédération internationale des journalistes, IFEX, l’Association des études sur les médias et le droit, PEN International et plusieurs antennes de PEN.
Malgré certaines réformes, la frustration concernant le processus Schengen reste répandue en Turquie, alimentée par de longs délais et des taux de refus croissants ces dernières années.
En 2024, la Turquie s’est classée deuxième parmi tous les pays demandeurs de visas Schengen, avec plus de 1,17 million de demandes, selon les statistiques de l’UE. Plus d’un million ont été approuvées, tandis que le taux de refus est tombé à 14,5%, contre 16,1% en 2023.
Le ministre des Affaires étrangères Hakan Fidan a critiqué le système actuel pour ses restrictions à la mobilité et ses effets néfastes sur les relations UE-Turquie.
Ankara continue de pousser pour la relance complète du processus de libéralisation des visas dans le cadre d’efforts plus larges visant à améliorer les relations avec Bruxelles.
Cet article a été traduit de sa version originale depuis le site Turkish Minute.
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