Des affrontements meurtriers éclatent à Alep alors que la Turquie exhorte les Kurdes à ne pas entraver la stabilité de la Syrie
Le gouvernement syrien et les forces dirigées par les Kurdes ont ordonné lundi à leurs combattants de cesser le feu après des affrontements meurtriers survenus alors que le chef de la diplomatie turque exhortait les Kurdes à s’intégrer dans l’armée syrienne.
Au moins trois personnes ont été tuées dans les violences, survenues avant l’échéance pour la mise en œuvre d’un accord du 10 mars entre Damas et les Kurdes visant à intégrer les Forces démocratiques syriennes (FDS), qui contrôlent de vastes zones riches en pétrole du nord-est syrien, dans l’appareil d’État.
L’agence de presse officielle SANA a cité le ministère de la Défense affirmant que l’état-major de l’armée syrienne avait émis « un ordre de cesser de cibler les sources de tir ».
Les FDS soutenues par les États-Unis ont quant à elles déclaré avoir « donné des directives à nos forces pour cesser de répondre aux attaques ».
Les deux camps s’étaient auparavant rejeté mutuellement la responsabilité du déclenchement des affrontements.
SANA a rapporté lundi que « deux civils ont été tués et huit autres blessés dans des tirs des FDS sur des quartiers d’Alep », une ville qui a connu des tensions accrues et une précédente vague de violence entre les deux parties en octobre.
Les FDS ont affirmé qu’une femme avait été tuée et 17 civils blessés de leur côté par « des tirs de roquettes et de chars menés par des factions du gouvernement de Damas sur les quartiers de Sheikh Maqsud et Ashrafiyeh à Alep ».
Sheikh Maqsud et Ashrafiyeh sont restés sous le contrôle d’unités kurdes liées aux FDS et aux forces de sécurité intérieure kurdes, malgré un accord de désengagement conclu en avril avec les nouvelles autorités islamistes syriennes.
Le ministère syrien de l’Intérieur a accusé les forces kurdes d’avoir attaqué du personnel gouvernemental à des points de contrôle communs dans ces deux quartiers à majorité kurde.
Les FDS ont quant à elles accusé « des factions affiliées au gouvernement intérimaire » d’avoir mené une attaque contre un point de contrôle.
Le ministère de la Défense a nié avoir attaqué des positions des FDS, tandis que la force dirigée par les Kurdes a démenti avoir pris pour cible des quartiers d’Alep.
En octobre, la Syrie avait annoncé un cessez-le-feu global avec les forces kurdes après des affrontements meurtriers dans ces quartiers.
Selon l’accord de mars entre Damas et les FDS, les institutions civiles et militaires kurdes devraient être intégrées au gouvernement central d’ici fin 2024, mais des divergences ont retardé sa mise en œuvre malgré les pressions internationales.
‘Stabilité’
À Damas, le ministre turc des Affaires étrangères Hakan Fidan, le ministre de la Défense Yaşar Güler et le chef du renseignement İbrahim Kalın ont rencontré le président syrien Ahmed al-Sharaa, selon un communiqué de la présidence.
La Turquie et la Syrie ont développé des liens étroits depuis le renversement du dirigeant de longue date Bachar al-Assad l’année dernière, et Ankara, soutien clé des nouvelles autorités, considère la présence de forces kurdes à sa frontière avec la Syrie comme une menace sécuritaire.
« Il est important que les FDS s’intègrent à l’administration syrienne par le dialogue et la réconciliation, de manière transparente, et qu’elles cessent d’être un obstacle à l’intégrité territoriale et à la stabilité à long terme de la Syrie », a déclaré Fidan lors d’une conférence de presse avec son homologue syrien Asaad al-Shaibani.
Fidan a affirmé que les Kurdes « n’entendent pas faire beaucoup de progrès » dans la mise en œuvre de l’accord de mars.
Shaibani a indiqué que les autorités avaient reçu une réponse des FDS à une proposition du ministère syrien de la Défense concernant l’intégration des forces dirigées par les Kurdes.
Damas étudie « cette réponse et son adéquation avec l’intérêt national pour parvenir à l’intégration et à un territoire syrien unifié », a-t-il ajouté.
La semaine dernière, un responsable kurde anonyme a confié à l’AFP que la proposition de Damas prévoyait de scinder les forces kurdes en trois divisions et plusieurs brigades, dont une composée de femmes.
Ces forces seraient déployées sous commandement des FDS dans les zones du nord-est syrien contrôlées par les Kurdes, a précisé le responsable.
Il s’agissait de la première proposition écrite de Damas depuis l’accord de mars, a-t-il souligné, évoquant des « efforts internationaux et régionaux » pour finaliser l’accord d’ici fin 2024.
La Turquie partage une frontière de 900 kilomètres avec la Syrie et a lancé plusieurs offensives pour repousser les FDS de sa frontière.
Fidan a déclaré que « la stabilité de la Syrie signifie la stabilité de la Turquie ».
Shaibani a indiqué que les discussions ont également porté sur « la lutte contre le terrorisme et la prévention » d’une résurgence du groupe extrémiste État islamique en Irak et au Levant (EIIL).
© Agence France-Presse




