Au moins 212 travailleurs sont morts en Turquie en mai, le bilan annuel atteint 835
Les points importants
- Bilan humain alarmant : 212 travailleurs tués en mai 2026, soit 835 depuis janvier, un chiffre en hausse constante.
- Secteurs les plus meurtriers : agriculture et sylviculture (48 morts), construction (38) et transport (33).
- Échec des politiques de sécurité : malgré les normes européennes et les conventions de l'OIT, le laxisme dans l'application des règles continue de coûter des vies.
Au moins 212 personnes sont décédées dans des accidents du travail en Turquie au mois de mai, portant à 835 le nombre de victimes pour les cinq premiers mois de l’année 2026, selon un nouveau rapport de l’Observatoire de la santé et de la sécurité au travail (İSİG).
Les secteurs de l’agriculture et de la sylviculture enregistrent le plus grand nombre de décès avec 48 victimes, suivis par la construction (38) et le transport (33).
Le rapport, compilé à partir de diverses sources incluant les médias nationaux et locaux, les syndicats, les familles des travailleurs et leurs collègues, indique que les victimes comprennent 13 femmes et 16 réfugiés ou migrants originaires d’Égypte, d’Ouzbékistan, de Syrie et du Turkménistan (trois chacun), ainsi que d’Afghanistan, d’Iran, du Kazakhstan et du Sénégal (un chacun).
Les accidents de la circulation sont la première cause de décès, représentant 24 % de l’ensemble des décès, précise l’İSİG.
Le rapport révèle également que seulement 5 % des travailleurs décédés étaient syndiqués, avec 10 personnes identifiées comme membres d’un syndicat.
L’İSİG signale que trois travailleurs sont morts de la silicose, une maladie pulmonaire mortelle causée par l’inhalation de poussière de silice cristalline, malgré l’interdiction de l’utilisation de ce matériau en Turquie depuis 2009, notamment dans les opérations de sablage.
Le rapport indique également que le harcèlement moral au travail continue d’être cité dans les suicides de travailleurs. À Kocaeli, un ouvrier qui avait déclaré ne pas pouvoir travailler dans un secteur lourd en raison d’une sclérose en plaques a néanmoins été affecté à ce poste et s’est ensuite donné la mort.
Dans un autre cas, Hanaa Ebu Zeyneb, une étudiante universitaire syrienne de 19 ans, a été retrouvée pendue dans l’arrière-boutique d’un café à Konya où elle travaillait comme serveuse non déclarée. Le rapport qualifie sa mort de suspecte.
İstanbul enregistre le plus grand nombre de décès avec 24 victimes, suivie d’Ankara (11) et de Sakarya (10).
L’İSİG a documenté 2 105 décès liés au travail en 2025, le total annuel le plus élevé depuis au moins une décennie, ce qui indique que la sécurité au travail en Turquie se détériore plutôt que de s’améliorer.
Les accidents du travail restent un problème chronique dans le pays, où l’application laxiste des normes de santé et de sécurité au travail continue de coûter des vies.
La Turquie a progressé dans l’harmonisation de sa législation en matière de santé et de sécurité au travail avec les normes de l’Union européenne après être devenue un pays candidat à l’UE en 1999 et a également ratifié les conventions pertinentes de l’Organisation internationale du travail en 2005. Cependant, la mise en œuvre et l’application de ces normes se sont révélées bien moins efficaces. Ces dernières années, l’afflux de migrants et l’instabilité économique croissante ont encore fragilisé la sécurité au travail, les investissements dans les mesures de sécurité ayant diminué et l’emploi informel ayant augmenté.
Le piètre bilan de la Turquie en matière de droits des travailleurs a également été souligné sur la scène internationale. Un rapport annuel produit par la Confédération syndicale internationale (CSI) sur les droits du travail révèle que la Turquie figure parmi les 10 pires pays du monde pour les travailleurs des secteurs industriels. Selon la CSI, basée à Bruxelles, les libertés et les droits des travailleurs ont été davantage bafoués depuis les répressions policières contre les manifestations en Turquie en 2025, tandis que les grèves et les tentatives de syndicalisation ont été empêchées par les autorités.
Cet article est republié du Stockholm Center for Freedom.
Cet article a été traduit de sa version originale depuis le site Turkish Minute.
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