Vingt interpellations dans une enquête visant une municipalité d’opposition à Istanbul
Vingt personnes, dont des responsables municipaux et des entrepreneurs, ont été interpellées dans le cadre d’une enquête pour corruption visant la municipalité d’Üsküdar à Istanbul, dirigée par le Parti républicain du peuple (CHP, opposition), ont annoncé les procureurs mardi.
Les interpellations ont été menées dans le cadre d’une enquête du parquet d’Istanbul Anatolie sur des allégations de corruption et d’irrégularités dans les processus d’octroi de permis de construire et d’approbation d’occupation.
La police a mené des perquisitions simultanées dans 30 lieux à Istanbul et dans la province nord-ouest de Yalova, saisissant des supports numériques.
Parmi les interpellés figurent un maire adjoint et le directeur général de la filiale municipale Kent A.Ş., ainsi que plusieurs entrepreneurs et intermédiaires.
Les procureurs affirment que l’entreprise municipale aurait facilité des paiements illégaux de la part d’entrepreneurs en échange de procédures accélérées pour les permis de construire. Les enquêteurs évoquent également un système de suivi des demandes par code couleur indiquant si des paiements avaient été effectués.
La municipalité rejette les accusations
La municipalité d’Üsküdar a toutefois démenti ces allégations, qualifiant d’infondées les accusations selon lesquelles sa filiale aurait été utilisée pour des gains illicites ou que des personnes non autorisées seraient intervenues dans les procédures officielles.
La maire Sinem Dedetaş a déclaré aux médias turcs qu’elle n’était pas personnellement visée par l’enquête et a nié toute malversation systémique.

Elle a indiqué que son administration avait instauré des règles strictes interdisant tout don ou contribution lié aux permis de construire.
« Il n’y a aucune demande de ce type, aucun don perçu et aucune sollicitation de contribution. Tout cela est interdit dans notre municipalité », a-t-elle affirmé.
Üsküdar, ancien bastion du Parti de la justice et du développement (AKP) du président Recep Tayyip Erdoğan, est passé au CHP lors des élections locales de 2024 dans un contexte de progression de l’opposition dans les grandes villes. Dedetaş l’a emporté avec environ 8 points d’avance, mettant fin à deux décennies de domination de l’AKP.
Une pression accrue sur les municipalités d’opposition
Cette opération s’inscrit dans une série d’enquêtes visant des municipalités dirigées par le CHP après sa forte performance aux élections locales de mars 2024.
Depuis, les municipalités tenues par l’opposition subissent des pressions juridiques et administratives croissantes. Le syndicat des travailleurs municipaux Tüm Bel Sen affirme que 85 municipalités ont changé de mains via des nominations de trustees, des destitutions, des arrestations ou des basculements dans les conseils municipaux, affectant plus de 8,8 millions d’électeurs.
Des affaires récentes confirment cette tendance. À Bursa, le maire Mustafa Bozbey a été arrêté la semaine dernière dans une enquête pour corruption impliquant des dizaines de suspects, tandis que le maire d’Uşak Özkan Yalım a été incarcéré dans une enquête distincte pour corruption quelques jours plus tôt.
Le CHP dénonce une campagne destinée à affaiblir les municipalités d’opposition, ce que les responsables gouvernementaux contestent en affirmant que les enquêtes reposent sur des preuves d’infractions pénales.
Le cas le plus emblématique reste celui du maire d’Istanbul Ekrem İmamoğlu, figure de l’opposition et potentiel rival d’Erdoğan à la présidentielle, dont l’arrestation en 2023 a accru les inquiétudes sur les pressions contre les élus de l’opposition.
Cet article a été traduit de sa version originale depuis le site Turkish Minute.
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