Une majorité de Turcs s’oppose à un éventuel retour de Kılıçdaroğlu à la tête du CHP selon un sondage
Une majorité de Turcs s’opposerait à une décision judiciaire annulant le congrès 2023 du principal parti d’opposition, le Parti républicain du peuple (CHP), et rétablissant l’ancien président Kemal Kılıçdaroğlu à sa tête, selon un récent sondage d’opinion.
Les résultats de l’enquête « Pulse de la Turquie » de MetroPOLL pour mai ont été annoncés sur X par le fondateur de l’institut, Özer Sencar.
Sencar a précisé que la question avait été posée avant qu’un tribunal n’annule le 21 mai le 38e Congrès ordinaire du CHP tenu en novembre 2023, lorsque Özgür Özel avait battu Kılıçdaroğlu pour devenir président du parti.
Metropoll’s May survey was conducted before the « absolute nullity » ruling was issued. The aim was to ascertain public opinion on such a potentially binding decision. pic.twitter.com/6sAsVXHE0h
— Ozer Sencar (@ozersencar1) June 8, 2026
L’enquête a été menée auprès de 2 136 personnes dans 28 provinces.
Les participants devaient indiquer s’ils jugeaient correct qu’un tribunal invalide le congrès du CHP au motif qu’il serait légalement nul dès l’origine et rétablisse Kılıçdaroğlu comme président du parti.
Alors que 62,1 % ont déclaré ne pas trouver une telle décision judiciaire acceptable, 27 % l’approuvaient, et 10,9 % ne se prononçaient pas ou refusaient de répondre.
Selon un tableau comparatif partagé par Sencar, l’opposition à une telle décision a légèrement diminué, passant de 64,3 % en septembre 2025 à 62,1 % en mai 2026, tandis que le soutien est passé de 24 % à 27 %.
Le sondage montre également que l’opposition à une éventuelle annulation est plus forte parmi les électeurs du CHP.
Parmi ceux qui ont voté pour le CHP aux législatives du 14 mai 2023, 74,5 % ont déclaré ne pas trouver une telle décision acceptable, contre 20,4 % la soutenant.
Chez les électeurs du Parti de la justice et du développement (AKP) du président Recep Tayyip Erdoğan, 54,4 % s’y opposaient, tandis que 34,7 % la soutenaient.
Parmi les électeurs du Parti d’action nationaliste (MHP), allié de l’AKP, 46,1 % ont jugé la décision correcte contre 43,4 % la rejetant.
Ces résultats interviennent dans un contexte de turbulences persistantes au CHP après la décision judiciaire du mois dernier concernant le congrès du parti en 2023.
Le tribunal a jugé le congrès légalement nul et ordonné le retour de Kılıçdaroğlu et des instances élues sous sa direction comme mesure intérimaire. La décision a également destitué Özel et l’administration actuelle du parti.
Cette intervention judiciaire a plongé le plus ancien parti politique de Turquie dans une crise de leadership, provoqué des protestations et renforcé les critiques sur l’utilisation de la justice pour remodeler l’opposition.
Cette décision constitue l’une des interventions judiciaires les plus spectaculaires dans le principal parti d’opposition turc ces dernières années.
L’affaire concerne des allégations d’irrégularités lors du vote de 2023, notamment des accusations d’achat de voix et de manipulation. Le CHP nie tout méfait et affirme que ces procédures visent à saper sa direction élue.
Les responsables du CHP ont rejeté la décision, tandis qu’Özel et ses partisans ont lancé une procédure pour convoquer un congrès extraordinaire afin de contester le retour imposé de Kılıçdaroğlu.
Les délégués du CHP ont réuni le 1er juin les signatures nécessaires pour convoquer un congrès extraordinaire, après que 111 députés du parti, dont Özel, ont appelé à tenir ce congrès le 12 juillet.
Selon les statuts du CHP, un congrès extraordinaire doit être convoqué dans les 45 jours si une majorité absolue des délégués signe une pétition.
Kılıçdaroğlu a dirigé le CHP pendant 13 ans avant de perdre face à Özel. Il était également le candidat commun de l’opposition à la présidentielle de 2023, qu’il a perdue face à Erdoğan.
Le CHP, plus ancien parti politique de Turquie, a été fondé par Mustafa Kemal Atatürk, le père de la Turquie moderne, et s’est toujours identifié aux traditions républicaines et laïques du pays.
Le parti subit des pressions politiques et judiciaires croissantes depuis ses succès aux municipales de mars 2024, avec plus de 20 maires et des centaines d’élus arrêtés dans des enquêtes que le parti qualifie de politiquement motivées.
Le maire d’Istanbul Ekrem İmamoğlu, principal rival politique d’Erdoğan et candidat présidentiel du CHP, a été arrêté en mars 2025 pour des accusations de corruption et de terrorisme qu’il rejette.
Le CHP affirme que les procédures judiciaires visant le parti sont politiquement motivées et visent à remettre en cause ses gains électoraux locaux. Le gouvernement nie toute persécution de l’opposition et assure que la justice agit indépendamment.




