Une majorité de Turcs s’oppose à la privatisation des ponts et autoroutes, selon un sondage
Plus de la moitié des Turcs s’opposent à la privatisation des biens publics comme les ponts et autoroutes, estimant que les privatisations passées ont profité à certains groupes plutôt qu’au public, révèle un nouveau sondage.
L’enquête, menée par BUPAR, un institut basé dans la province occidentale de Bursa, auprès de 1 000 personnes, montre que 51,9 % s’opposent à la privatisation des institutions et entreprises publiques, contre 33,4 % qui la soutiennent. Environ 14,9 % se disent indécis.
Interrogés sur l’impact des privatisations en Turquie, 57,3 % estiment qu’elles ont profité à certains groupes, contre 22,7 % pensant qu’elles ont servi l’intérêt public. 20 % n’ont pas d’opinion.
Ces résultats surviennent alors que le gouvernement turc préparerait un transfert d’exploitation pour 25 ans de deux ponts sur le Bosphore – le pont des Martyrs du 15 Juillet et le pont Fatih Sultan Mehmet – ainsi que de sept autoroutes publiques.
Le Parti républicain du peuple (CHP), principale opposition, a critiqué ce projet.
Deniz Yavuzyılmaz, vice-président du CHP, a déclaré la semaine dernière que ces infrastructures avaient généré 600 millions de dollars de bénéfices nets en 2025, citant le programme de performance de la Direction générale des autoroutes (KGM). Sur 25 ans, cela représenterait environ 15 milliards de dollars de revenus pour l’État.
Yavuzyılmaz affirme qu’une privatisation transférerait ces actifs en dessous de leur potentiel réel et que les opérateurs privés augmenteraient les péages, générant 33 milliards de dollars supplémentaires. Selon lui, 48 milliards seraient ainsi transférés « des poches des citoyens » vers des entreprises privées en 25 ans.
Ces critiques font suite à un rapport de Bloomberg révélant que la Turquie avait engagé le cabinet londonien EY comme conseil pour cette cession. Le groupe canadien BTY aurait été nommé conseiller technique.
Le sondage BUPAR a aussi mesuré la connaissance des garanties de paiement dans les partenariats public-privé (PPP).
Pour des projets comme le pont Osmangazi, le gouvernement garantit un trafic minimum et compense les entreprises si l’objectif n’est pas atteint.
Si 33,2 % des sondés connaissaient ce mécanisme, 21,5 % en avaient seulement entendu parler. 45,3 % l’ignoraient. Après explication, 60,3 % ont déclaré une opinion plus négative sur les PPP.
Onur Alp Yılmaz, directeur de BUPAR, explique au quotidien BirGün que la privatisation est perçue comme une nécessité économique depuis les années 1980 plutôt que comme un choix politique. L’absence d’alternative économique crédible et la focalisation sur les questions identitaires et sécuritaires ont relégué ces débats au second plan.
Selon lui, ce mécontentement ne se traduit pas en action politique durable, les discussions portant sur la gestion plutôt que sur une réforme systémique.
La privatisation a été une marque de fabrique du président Erdoğan. Les revenus des cessions sous l’AKP ont explosé comparé à la période pré-2002.
Les chiffres montrent 3 milliards de livres turques (70 millions $) de recettes entre 1986 et 2002, contre 192,6 milliards (4,4 milliards $) entre 2003 et 2025. Rien qu’en 2025, les cessions ont rapporté 61,54 milliards (1,4 milliard $), un record sous l’AKP.
Ce vaste programme a concerné des fleurons nationaux dans l’énergie, l’industrie lourde, les télécoms, la finance et les transports : TÜPRAŞ, PETKİM, Türk Telekom, les spiritueux de TEKEL, les papeteries SEKA, Sümer Holding, OYAKBANK, des parts de Turkish Airlines, l’aéroport Sabiha Gökçen ou les ports d’İskenderun et Antalya.
Soutenues pour alléger le rôle de l’État et générer des revenus, ces privatisations sont critiquées pour leur rapidité et des cessions parfois en dessous de la valeur réelle des actifs stratégiques.
Cet article a été traduit de sa version originale depuis le site Turkish Minute.
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