Une étude révèle la méfiance des Kurdes et les inquiétudes sur l’unité de l’État parmi les Turcs concernant le rapport sur la paix
Une nouvelle étude révèle que les réactions sur les réseaux sociaux à un projet de rapport d’une commission parlementaire chargée de faire avancer les efforts de paix avec le Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK) interdit montrent une polarisation profonde, avec une méfiance dominante dans les réponses kurdes et des inquiétudes sur l’unité de l’État façonnant le discours parmi les Turcs.
L’analyse qualitative du Centre de recherche socio-politique sur le terrain (SAMER), qui a examiné les tweets partagés entre le 11 et le 24 février — avant et après que la Commission de solidarité nationale, de fraternité et de démocratie ait finalisé son projet de rapport sur la paix — suggère que les réactions du public ont été influencées non seulement par le texte lui-même mais aussi par des griefs de longue date, des attentes en matière de justice et une mémoire collective liée aux échecs passés des efforts de paix.
La commission parlementaire, formée après l’appel en février 2025 du leader emprisonné du PKK Abdullah Öcalan exhortant le groupe à déposer les armes et à se dissoudre, a récemment finalisé un projet ébauchant des réformes juridiques liées à la nouvelle initiative de paix.
Le PKK a annoncé sa dissolution en mai 2025, mettant fin à une insurrection armée de quatre décennies qui a coûté la vie à plus de 40 000 personnes depuis 1984.
Selon SAMER, la méfiance était le ton dominant en ligne avant même la publication du rapport. De nombreux utilisateurs ont déclaré que les expériences passées avaient créé un problème de crédibilité pour l’État, certains décrivant la nouvelle initiative comme une « stratégie dilatoire » plutôt qu’un effort sincère pour résoudre le conflit.
L’étude a identifié trois thèmes principaux dans les publications partagées avant que le projet ne soit rendu public : le scepticisme quant à la légitimité du processus, les inquiétudes concernant l’identité et le statut kurdes, et les demandes de justice et d’égalité.
Sous le premier thème, des phrases telles que « le même scénario encore » et « il n’y a pas de vrai processus » reflétaient ce que les chercheurs ont décrit comme une prudence collective enracinée dans les négociations infructueuses antérieures.
Un effort de paix similaire s’est effondré en 2015, ouvrant la voie à plus de violence.
Sur l’identité, certains utilisateurs kurdes ont exprimé leur inquiétude que l’initiative risque l’assimilation plutôt qu’une reconnaissance significative des droits politiques et culturels kurdes.
La paix a également été décrite en termes juridiques concrets. Les publications appelaient fréquemment à une amnistie générale, à la reconnaissance du « droit à l’espérance » et à la libération de personnalités politiques comme l’ancien co-président du Parti démocratique des peuples (HDP) Selahattin Demirtaş.
Le « droit à l’espérance », issu de la jurisprudence de la Cour européenne des droits de l’homme, stipule que les prisonniers condamnés à perpétuité doivent avoir une perspective réaliste de libération après une période suffisamment longue.
Dans le contexte actuel, le principe est souvent associé à Öcalan, emprisonné sur l’île d’İmralı depuis 1999, purgeant une peine de perpétuité aggravée pour avoir dirigé une insurrection armée.
Selon la loi turque, les personnes condamnées à une peine de perpétuité aggravée pour des crimes contre l’État ne sont pas éligibles à une libération conditionnelle.
Bien que le projet parlementaire ne fasse pas explicitement référence au « droit à l’espérance », il cite la jurisprudence de la CEDH et de la Cour constitutionnelle sur l’exécution des peines. Les observateurs juridiques estiment que le langage semble faire indirectement référence au principe.
Après la publication du projet, les réactions kurdes se sont concentrées sur ce que SAMER a décrit comme des attentes non satisfaites. De nombreux utilisateurs ont critiqué l’utilisation continue de la terminologie « terroriste » et ont soutenu que les références répétées à « l’État unitaire » ne garantissaient pas de droits concrets.
L’étude a également révélé que certains utilisateurs kurdes ont remis en question la capacité de représentation des législateurs du Parti de l’égalité et de la démocratie des peuples (DEM Parti), pro-kurde, suggérant un écart perçu entre les négociations parlementaires et les attentes de la base.
En revanche, les publications à tendance nationaliste se sont moins concentrées sur le contenu technique du rapport et davantage sur l’intégrité de l’État. Les inquiétudes concernant l’unité de l’État étaient centrales, certains utilisateurs dépeignant l’initiative comme une concession ou un recul, bien que le projet n’inclue pas de demandes d’autonomie ou d’un État kurde séparé.
Un autre argument récurrent dans le discours nationaliste était que l’égalité des droits existe déjà en vertu de la loi actuelle, décrivant le rapport comme un agenda politique inutile plutôt qu’un effort de réforme nécessaire.
Dans sa conclusion, SAMER a déclaré que le projet ne ferme pas la porte à la paix mais met en lumière les conditions dans lesquelles différents segments de la société la définissent.
Pour les répondants kurdes, la paix semble nécessiter des garanties tangibles d’égalité, de justice et d’inclusion. Pour les répondants nationalistes, la préoccupation principale reste la préservation de l’unité de l’État et de l’intégrité territoriale.
Plutôt que de résoudre le débat, le rapport semble avoir ouvert une nouvelle phase de discussion publique dans laquelle la méfiance, les attentes juridiques et les questions de représentation politique sont devenues plus visibles.




