Un tribunal kényan reporte sa décision concernant un réfugié turc au 30 décembre, alimentant les craintes d’un retour forcé
Un tribunal kényan a reporté lundi son verdict concernant Mustafa Güngör, un réfugié turc arrêté au Kenya, au 30 décembre, alors que les organisations de défense des droits humains intensifient leurs appels aux autorités pour éviter son retour forcé en Turquie, rapporte le Stockholm Center for Freedom.
Dans un post sur les réseaux sociaux, Amnesty International Kenya a indiqué que le tribunal a ordonné que Güngör reste en détention provisoire dans l’attente d’enquêtes complémentaires, rejetant une demande de mise en liberté sous caution déposée par la Law Society of Kenya et la Global Peace Foundation.
Güngör, réfugié enregistré au Kenya avec une carte d’identité valide, a été arrêté le 20 décembre avec son épouse Zeliha, leurs deux filles et ses beaux-parents, accusés de liens avec le mouvement Gülen, une organisation inspirée par des valeurs religieuses. Son arrestation aurait fait suite à une demande des autorités turques, formulée selon Amnesty dans le cadre d’un accord d’entraide judiciaire. Si les membres de sa famille ont été libérés, Güngör reste détenu et risque un retour forcé en Turquie.
Le président Recep Tayyip Erdoğan cible les sympathisants du mouvement Gülen, inspiré par le prédicateur musulman Fethullah Gülen, depuis que des enquêtes pour corruption en décembre 2013 l’ont impliqué ainsi que des membres de sa famille et de son cercle proche.
Qualifiant ces enquêtes de « putsch güleniste » et de complot contre son gouvernement, Erdoğan a commencé à persécuter les membres du mouvement. Il l’a désigné comme « organisation terroriste » en mai 2016 avant d’intensifier la répression après un coup d’État avorté en juillet de la même année – qu’il attribue à Gülen. Le mouvement dément fermement toute implication dans cette tentative de putsch ou dans des activités terroristes.
L’arrestation de Güngör ravive les craintes de refoulement après le retour forcé l’an dernier de quatre ressortissants turcs depuis le Kenya malgré la protection du Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés. Cette décision avait suscité de vives critiques, y compris de la part du secrétaire général de l’ONU António Guterres.
Le principe juridique international de non-refoulement protège les demandeurs d’asile et réfugiés contre un renvoi vers un pays où leur vie ou liberté serait menacée. Ce principe fondamental de protection des réfugiés est inscrit dans la Convention de Genève de 1951 et la loi kényane sur les réfugiés de 2021.
Depuis la tentative de coup d’État, la longue main d’Erdoğan s’est abattue sur des dizaines de milliers de citoyens turcs à l’étranger. Entre surveillance via les missions diplomatiques et organisations diasporiques pro-gouvernementales, refus de services consulaires, intimidations et rapatriements illégaux, le gouvernement turc déploie un vaste arsenal contre ses critiques à l’étranger.
Cette campagne repose largement sur des rapatriements où la Turquie et son MIT (services de renseignement) persuadent d’autres États de livrer des individus sans procédure régulière. Les victimes de ces opérations rapportent des violations des droits humains incluant arrestations arbitraires, tortures et mauvais traitements. Le MIT a reconnu avoir mené des opérations pour le retour forcé de plus de 100 personnes accusées de liens avec le mouvement Gülen.
Cet article a été traduit de sa version originale depuis le site Turkish Minute.
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