Un tribunal condamne un journaliste à une peine avec sursis et ordonne sa libération après 3 mois de détention provisoire
Un tribunal turc a condamné jeudi le journaliste incarcéré Enver Aysever à 10 mois de prison pour « incitation à la haine et à l’hostilité » en raison de propos critiques envers l’idéologie de droite, mais a ordonné sa libération en suspendant la peine, a rapporté l’agence Anka.
Âgé de 54 ans, Aysever était en détention provisoire depuis le 11 décembre, date à laquelle il avait été arrêté suite à des commentaires critiquant l’idéologie de droite.
Le procès s’est tenu devant le 30ᵉ tribunal pénal de première instance de Küçükçekmece à Istanbul. Le tribunal a condamné Aysever à 10 mois de prison mais a reporté l’exécution de la peine et ordonné sa libération.
L’affaire découle d’un direct vidéo dans lequel Aysever réagissait aux déclarations de Hasan İmamoğlu, père du maire d’Istanbul emprisonné Ekrem İmamoğlu.
Dans une interview accordée en décembre au journal Sözcü, le père İmamoğlu avait exprimé des regrets pour avoir combattu le communisme toute sa vie, affirmant qu’il n’était pas nécessaire que le communisme menace les droits de propriété.
Il avait tenu ces propos en critiquant la saisie par le gouvernement des biens de sa famille après l’arrestation de son fils. Nombreux sont ceux qui voient dans l’enquête pour corruption visant la municipalité d’Istanbul une motivation politique.
Lors d’une diffusion sur sa chaîne YouTube, Aysever avait critiqué ces déclarations en affirmant : « Être de droite est un crime. Quand on est de droite, on devient immoral. … Une personne ayant une conscience est de gauche. »
Aysever, dont la chaîne YouTube compte plus de 280 000 abonnés, avait été placé en détention après qu’une enquête pénale eut été ouverte suite à la large diffusion sur les réseaux sociaux d’extraits de cette émission, provoquant un tollé.
Le journaliste avait auparavant défendu ses propos, précisant qu’il n’avait pas l’intention d’insulter les conservateurs ou les nationalistes et soulignant qu’ils constituent une part importante de la société turque.
Un réquisitoire rédigé le mois dernier demandait jusqu’à trois ans de prison contre le journaliste, l’accusant d' »incitation publique à la haine et à l’hostilité ».
Les poursuites contre Aysever ont attiré l’attention sur les préoccupations persistantes concernant la liberté d’expression en Turquie, où journalistes, commentateurs et personnalités des réseaux sociaux font fréquemment l’objet d’enquêtes pénales pour leurs déclarations.
Depuis 2002, la Turquie est gouvernée par le Parti de la justice et du développement (AKP) du président Recep Tayyip Erdoğan, qui se décrit comme conservateur-démocrate mais que ses détracteurs accusent d’être nationaliste, conservateur et populiste de droite.
Le procès d’Aysever intervient dans un contexte de préoccupations de longue date concernant la liberté de la presse en Turquie, où journalistes, commentateurs et personnalités des réseaux sociaux sont fréquemment poursuivis pénalement pour leurs déclarations.
La Turquie se classe au 159ᵉ rang sur 180 pays dans le Classement mondial de la liberté de la presse 2025 publié par RSF en mai 2025.
Cet article a été traduit de sa version originale depuis le site Turkish Minute.
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