Un réquisitoire demande jusqu’à 36 ans de prison pour des dirigeants du groupe Assan dans une affaire d' »espionnage »
Le parquet d’Istanbul a requis de lourdes peines de prison contre cinq dirigeants du groupe de défense Assan, plusieurs mois après la prise de contrôle par l’État d’entreprises du groupe dans le cadre d’une enquête sur un prétendu « espionnage », rapporte l’agence de presse publique Anadolu.
Le réquisitoire, soumis à la 28e Cour pénale supérieure d’Istanbul, demande des peines allant de 10 à 36 ans de prison. Quatre des accusés restent en détention provisoire.
Parmi les personnes visées figure Emin Öner, propriétaire d’Assan, accusé d’appartenance à une organisation terroriste en raison de ses liens présumés avec le mouvement Gülen – une communauté religieuse désignée comme « organisation terroriste » par Ankara mais non reconnue comme telle par la communauté internationale – ainsi que d’avoir obtenu, utilisé et dissimulé illégalement des documents liés à la sécurité de l’État.
Le parquet requiert contre Öner une peine comprise entre 17 ans et demi et 36 ans de prison.
Le directeur général du groupe, Gürcan Okumuş, ainsi que les dirigeants Ali Avcı, İsmet Sayhan et Mesut Ateş, sont chacun accusés d’infractions liées à l’utilisation présumée abusive de documents de sécurité d’État. Le parquet demande contre eux des peines allant de 10 à 21 ans de prison.
L’affaire remonte à août 2025, lorsque le gouvernement turc a placé dix entreprises du groupe Assan sous tutelle du Fonds d’assurance des dépôts d’épargne (TMSF), invoquant des liens présumés avec le mouvement Gülen et des activités d’espionnage militaire.
Öner et Okumuş avaient alors été arrêtés dans l’attente de leur procès, ainsi que deux autres responsables.
Assan a nié toute malversation, affirmant que les documents au cœur de l’enquête étaient des calendriers internes de production et de livraison préparés à la demande de l’armée turque et conservés dans les archives de l’entreprise.
L’enquête s’est étendue au-delà de l’entreprise. İsmet Sayhan, ancien président de la Société mécanique et chimique (MKE), une entreprise publique, a également été incarcéré pour avoir obtenu et utilisé illégalement des documents liés à la sécurité de l’État.
La MKE est un fabricant public produisant des munitions, de l’artillerie et d’autres équipements pour les forces armées turques.
Des médias turcs avaient rapporté que des plans d’approvisionnement des forces armées turques auraient été transmis à Assan.
Fondé en 1985, Assan est un important fournisseur de défense turc produisant des munitions et des bombes aériennes pour des clients nationaux et internationaux. L’entreprise s’est fait connaître ces dernières années en participant à des salons majeurs comme ceux d’Abou Dhabi et d’Istanbul.
Ce réquisitoire marque une nouvelle étape dans une affaire emblématique de la répression post-2016 en Turquie, où des centaines d’entreprises ont été placées sous tutelle étatique en raison de leurs liens présumés avec le mouvement Gülen.
Inspiré par les enseignements du prédicateur turc Fethullah Gülen, le mouvement Gülen est reconnu mondialement pour ses contributions à l’éducation, à l’aide sociale et au dialogue interreligieux.
Le gouvernement turc a pourtant classé le mouvement comme « organisation terroriste » en mai 2016, une désignation non reconnue par les États-Unis, l’Union européenne ou les principales organisations internationales.
Ankara accuse le mouvement d’avoir orchestré un coup d’État avorté la même année, ce que la communauté dément fermement.
La cour devrait décider dans les prochaines semaines d’accepter ou non le réquisitoire et de fixer une date de procès.




