Un humoriste turc visé par une enquête pour son spectacle viral
Les points importants
- Enquête ouverte : Le parquet turc enquête sur Deniz Göktaş pour des blagues sur le Coran lors de son spectacle « Ölü Deniz ».
- Risque pénal : Il est visé par l’article 216 du code pénal, qui punit l’insulte aux valeurs religieuses.
- Répression du rire : Cette affaire s’inscrit dans une série de poursuites contre les humoristes en Turquie, où la liberté d’expression est en recul.
Le humoriste turc Deniz Göktaş fait l’objet d’une enquête pour « insulting religious values » dans ses remarques sur le Coran, le livre saint de l’islam, lors de son spectacle viral « Ölü Deniz (Dead Sea) », ont rapporté les médias turcs lundi.
L’enquête a été signalée après que des extraits du spectacle, mis en ligne sur YouTube le 24 juin et attirant près de 6 millions de vues en cinq jours, ont suscité des critiques de la part des médias pro-gouvernementaux et des utilisateurs conservateurs des réseaux sociaux, qui ont accusé Göktaş de se moquer du Coran.
Le quotidien pro-gouvernemental Yeni Şafak a rapporté que les procureurs avaient ouvert une enquête contre Göktaş pour des remarques dans lesquelles il plaisantait sur les livres saints durant le spectacle de 90 minutes, enregistré le 1er juin au Théâtre en plein air Harbiye Cemil Topuzlu d’İstanbul.
Dans le passage cité par Yeni Şafak, Göktaş parle des quatre livres saints, en disant : « The first three books were good, but the translation was weak in the fourth. I think it was the best of the four books. It was an ambitious debut in the 600s. It must have been hard for the writer, too. If a new idea came to his mind, he had already said, ‘the last book.’ »
La plaisanterie fait référence au Coran, considéré dans l’islam comme le dernier livre saint.
Göktaş serait visé par l’article 216 du code pénal turc, qui criminalise le fait d’insulter publiquement des valeurs religieuses adoptées par une partie du public si l’acte est jugé susceptible de troubler la paix publique.
Le spectacle contient des plaisanteries principalement sur la politique, le président Recep Tayyip Erdoğan, le maire emprisonné d’İstanbul Ekrem İmamoğlu, les universités, les manifestations publiques, les intellectuels turcs, le nationalisme et les enfants laïcs de familles conservatrices.
Göktaş plaisante également sur la possibilité d’être visé par une enquête ou emprisonné à cause de ses remarques, faisant de la pression juridique sur les humoristes l’un des thèmes de la représentation.
La scène comporte une grande sculpture de la tête de Göktaş, élément visuel qui renforce le sentiment de risque personnel du spectacle.
Plus tôt dans la journée, le journaliste İsmail Saymaz a déclaré sur Halk TV qu’il avait appris qu’une enquête avait été ouverte contre Göktaş pour insultes aux valeurs religieuses.
« I hope it remains only an investigation and is closed, » a déclaré Saymaz. « Otherwise, we will be entering a period in Turkey where even humor can no longer be made and a stand-up comedian cannot express himself freely. »
Par ailleurs, Ömer Faruk Gergerlioğlu, député du Parti de l’égalité et de la démocratie des peuples (DEM Party) pro-kurde, a déposé lundi une question parlementaire demandant au ministre de la Justice Akın Gürlek d’expliquer quelles remarques précises de Göktaş étaient visées par l’enquête et sur quels fondements elles étaient considérées comme une insulte aux valeurs religieuses.
Gergerlioğlu a décrit le spectacle comme une performance d’humour politique traitant du climat politique actuel en Turquie, des personnalités politiques emprisonnées, du pouvoir judiciaire, d’Erdoğan et d’autres figures politiques, affirmant que la satire et l’humour politique sont des formes d’expression protégées dans les sociétés démocratiques.
L’enquête intervient quelques jours après que la Turquie a bloqué l’accès à des publications X contenant des extraits du même spectacle, invoquant des menaces à la sécurité nationale et à l’ordre public, après que Şamil Tayyar, ancien membre de l’organe décisionnel suprême du Parti de la justice et du développement (AKP) au pouvoir, a accusé Göktaş d’insulter Erdoğan.
Les publications sont devenues inaccessibles aux utilisateurs en Turquie par X en vertu de l’article 8/A de la loi n° 5651, a annoncé l’Association pour la liberté d’expression (İFÖD) la semaine dernière.
L’article 8/A permet aux autorités turques d’ordonner le retrait de contenus en ligne ou le blocage d’accès dans les cas urgents liés à la sécurité nationale, à l’ordre public, à la prévention des crimes, à la santé publique ou à la protection de la vie et des biens.
Göktaş a quant à lui nié les affirmations selon lesquelles il aurait fui à l’étranger en raison de la controverse, affirmant qu’il était parti en vacances après la fin de sa tournée et le montage du spectacle.
« I don’t know if traveling is something shameful, but those sharing it like an intelligence report can also see that I paid a large fee for paid military service on June 22, » a déclaré Göktaş, ajoutant qu’il reviendrait par le premier vol si sa présence en Turquie était nécessaire.
Cette affaire fait suite à une autre poursuite visant un humoriste en Turquie.
En mai, les procureurs ont déposé un acte d’accusation demandant jusqu’à trois ans de prison pour l’humoriste Tuba Ulu en raison d’une plaisanterie qu’elle avait faite sur le sultan ottoman Soliman le Magnifique lors d’une représentation.
Ulu était accusée d’« incitation à la haine et à l’inimitié publiques » après qu’un extrait de son spectacle a circulé sur les réseaux sociaux. Elle avait été arrêtée plus tôt pour « insulte aux valeurs historiques, nationales et morales » puis libérée sous contrôle judiciaire.
Les défenseurs de la liberté d’expression et les comédiens ont critiqué cette affaire, estimant que les humoristes ne devraient pas faire l’objet de poursuites pénales pour des prestations scéniques.
La Turquie est depuis longtemps critiquée pour les restrictions à la liberté d’expression, les artistes, journalistes, universitaires et utilisateurs des réseaux sociaux étant fréquemment la cible d’enquêtes pénales pour leurs propos.
Les observateurs internationaux continuent de classer la Turquie en mauvaise position en matière de liberté d’expression et de liberté de la presse. Freedom House qualifie le pays de « Not Free », tandis que Reporters sans frontières le classe au 163e rang sur 180 pays dans son « World Press Freedom Index 2026 ».
Cet article a été traduit de sa version originale depuis le site Turkish Minute.
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