Un général turc visé par une enquête pour avoir insulté Erdoğan
Les procureurs turcs ont ouvert une enquête pénale contre un général en activité, accusé d’avoir tenu des propos insultants envers le président Recep Tayyip Erdoğan et des membres de sa famille, selon un rapport de la journaliste Müyesser Yıldız.
L’enquête cible le général, identifié uniquement par ses initiales D.A. et actuellement commandant de garnison dans une grande province. L’investigation a été lancée suite à une plainte déposée via le Centre de communication présidentiel (CİMER) par un ancien officier renvoyé des Forces armées turques (TSK) après un différend avec le général.
Selon la plainte, l’ancien officier, un commandant identifié comme E.Ş., avait précédemment eu un conflit avec le général D.A. à propos de messages partagés sur le système de communication interne de l’armée, Chat-In. Le général D.A. avait accusé E.Ş. de l’avoir insulté dans ces messages, déclenchant à la fois des procédures disciplinaires et une plainte pénale. Ce processus a finalement conduit au renvoi du commandant de l’armée.
E.Ş. a contesté son renvoi devant les tribunaux et a ensuite accusé le général d’avoir tenté d’intimider un témoin, identifié comme le lieutenant-colonel S.T., pendant la procédure judiciaire. Les procureurs avaient précédemment classé sans suite des plaintes similaires contre le général D.A. et un autre officier, le colonel S.M.
L’affaire a refait surface après qu’E.Ş. ait déposé une nouvelle plainte via CİMER, alléguant que le général D.A. avait tenu des propos désobligeants sur Erdoğan, sa famille et plusieurs hauts responsables militaires.
Suite à cette plainte, un parquet a ouvert une enquête pour « insulte au président ». Le dossier a ensuite été transféré au parquet de la province où le général est en poste, pour des questions de compétence territoriale.
Dans sa déclaration, E.Ş. a affirmé que ces remarques avaient été faites lors d’une conversation en octobre 2023 dans le bureau du général D.A., alors qu’il regardait avec le lieutenant-colonel S.T. des reportages sur l’offensive israélienne à Gaza. Selon son récit, après qu’E.Ş. ait exprimé sa conviction qu’Erdoğan ne resterait pas indifférent à la situation à Gaza, le général aurait répondu en remettant en question l’engagement du président, critiquant la richesse et le mode de vie de sa famille et tenant des propos politiquement chargés sur d’importantes figures, dont l’ancien ministre de la Défense Hulusi Akar.
E.Ş. a déclaré avoir signalé l’incident car il avait été choqué d’entendre le nom du président évoqué de cette manière. Il a également affirmé avoir subi des représailles après avoir soulevé cette question, sous forme de multiples enquêtes disciplinaires et actions en justice, accusant le général d’avoir utilisé l’autorité et la protection de son poste pour le discréditer et dissuader tout examen approfondi.
Cette enquête intervient dans un contexte de débat récurrent sur les lois turques relatives à la diffamation. Insulter le président est un délit pénal en vertu de l’article 299 du Code pénal turc, une disposition largement critiquée par les défenseurs des droits humains et de la liberté de la presse.
Human Rights Watch a à plusieurs reprises appelé à l’abrogation de l’article 299 du Code pénal, estimant que cette infraction est incompatible avec les normes démocratiques et les standards internationaux en matière de liberté d’expression. L’ONG souligne que cette loi a été utilisée contre un large éventail de critiques — journalistes, avocats, étudiants, militants — pour des discours, slogans de protestation ou publications sur les réseaux sociaux.
Malgré plusieurs arrêts de la Cour européenne des droits de l’homme jugeant que l’article 299 viole la liberté d’expression et devrait être modifié ou abrogé, les tribunaux turcs continuent d’appliquer cette disposition. Les organisations de défense des droits estiment que la persistance de telles poursuites illustre une tendance plus large à la pression judiciaire sur les discours critiques et place la Turquie en contradiction avec les standards juridiques en vigueur en Europe.
Cet article a été traduit de sa version originale depuis le site Turkish Minute.
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