Cet article est reproduit du Stockholm Center for Freedom.
Un fonctionnaire licencié pour ses prétendus liens avec le mouvement Gülen et privé de soins médicaux publics décède
Ramazan Çınkır, un ancien fonctionnaire licencié par décret-loi pour ses prétendus liens avec le mouvement Gülen et privé de soins médicaux publics malgré une grave maladie chronique, est décédé jeudi, rappelant le coût humain des purges post-coup de 2016 en Turquie.
Çınkır, 45 ans, a été licencié de son poste à la direction provinciale de l’éducation d’Adana en vertu d’un décret-loi promulgué après le coup d’État manqué du 15 juillet 2016. Il souffrait d’hémoglobinurie paroxystique nocturne (HPN), une maladie sanguine rare et potentiellement mortelle nécessitant un traitement régulier. Après son licenciement, la prise en charge de ses médicaments a été interrompue, stoppant son traitement. Officiellement reconnu comme étant handicapé à 96% selon la classification médicale turque – un seuil équivalant à une perte totale de capacité de travail.
Son renvoi de la fonction publique fut justifié par un dépôt d’argent à la désormais fermée Bank Asya et son appartenance à un syndicat d’enseignants que les autorités accusent d’être affilié au mouvement Gülen. Jugé pour « appartenance à une organisation terroriste », il fut finalement acquitté.
Dans une interview récente sur KHK TV (chaîne YouTube dédiée aux victimes des décrets-lois), Çınkır décrivait comment le retrait des soins et aides sociales avait plongé sa famille dans l’extrême précarité : « Ils nous ont purement abandonnés à la mort, à la faim et à la pauvreté ».
Il laisse derrière lui une épouse et un enfant.
Le président Recep Tayyip Erdoğan cible les sympathisants du mouvement Gülen – inspiré par le prédicateur musulman Fethullah Gülen – depuis que des enquêtes pour corruption en décembre 2013 l’avaient impliqué ainsi que son entourage.
Qualifiant ces enquêtes de « coup güleniste » contre son gouvernement, Erdoğan a désigné le mouvement comme une « organisation terroriste » en mai 2016 avant d’intensifier la répression après le putsch avorté de juillet 2016 – qu’il attribue à Gülen. Le mouvement dénie fermement toute implication dans cette tentative de coup d’État ou toute activité terroriste.
Depuis 2016, les tribunaux turcs condamnent des sympathisants du mouvement Gülen pour terrorisme sur la base d’activités considérées comme des preuves d’affiliation : enseignement dans des écoles privées liées au mouvement, dépôts à la Bank Asya, témoignages ou usage de ByLock – une application de messagerie cryptée autrefois disponible sur l’App Store et Google Play, présentée par Ankara comme outil de communication secret du mouvement.
Les fonctionnaires licenciés n’ont pas seulement perdu leur emploi : ils sont interdits de réembauche dans le public, de passeport, et rencontrent d’énormes difficultés à travailler légalement dans le privé. Des annotations dans la base de données de sécurité sociale découragent les employeurs potentiels.
Résultat : nombre de victimes des purges doivent travailler sans couverture sociale dans des conditions précaires. Plusieurs cas d’anciens fonctionnaires morts dans des accidents du travail sur des postes physiquement exigeants ont été documentés.
Cet article a été traduit de sa version originale depuis le site Turkish Minute.
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