Un document secret de la police turque révèle une surveillance des activités liées au mouvement Gülen aux Pays-Bas : rapport
Un document confidentiel de la police turque cité dans un nouveau rapport juridique montre que les autorités turques ont surveillé des activités liées au mouvement Gülen aux Pays-Bas et ont diffusé des informations sur les participants, suscitant des craintes que des activités civiques légales en Europe puissent être utilisées contre des personnes si elles retournent en Turquie.
Le document, daté du 19 février 2026, apparaît dans les annexes d’un rapport publié par la Commission juridique Stichting IPN et l’Amsterdam Law Center le 26 mai 2026. Il est estampillé « confidentiel » et porte un avis de signature électronique, un code QR et un code de vérification officiel.
Le rapport indique que le document fait partie d’une correspondance entre le Département de police d’Ankara et le Département de lutte contre le terrorisme.
Le document semble indiquer que les informations sur les individus doivent être évaluées en coordination avec les unités de renseignement puis envoyées aux autorités judiciaires sous forme de documents et dossiers préparés individuellement.
Le rapport précise que ce matériel montre que les unités de police turques ont collecté et diffusé des informations en source ouverte sur des activités liées au mouvement Gülen à l’étranger, y compris des photos d’événements, des noms, des profils sur les réseaux sociaux et des affiliations organisationnelles.
Le rapport de 36 pages examine la situation des citoyens turcs aux Pays-Bas qui ont demandé une protection internationale ou obtenu des droits de résidence et qui participent à des activités associées, directement ou indirectement, au mouvement Gülen.
Stichting IPN se décrit comme une fondation basée aux Pays-Bas qui soutient les réfugiés et demandeurs d’asile par des conseils juridiques, un soutien social et psychologique, des cours de langue, une aide à l’emploi, des activités culturelles et des programmes d’intégration. La fondation affirme que sa mission est de renforcer la solidarité entre les réfugiés et de les aider à devenir des membres actifs et autonomes de la société.
Le rapport indique que des activités légales selon la loi néerlandaise, y compris des dîners de iftar, du bénévolat, des rencontres interreligieuses, des programmes éducatifs, des événements culturels et des actions humanitaires, pourraient être requalifiées par les procureurs et agences de sécurité turcs comme des activités criminelles.
Selon le rapport, les autorités turques utilisent le renseignement en source ouverte, la surveillance des réseaux sociaux, des photos d’événements, des vidéos, des articles de presse en ligne, des publications numériques et des sites d’associations pour identifier les personnes participant ou soutenant des événements liés au mouvement Gülen à l’étranger.
Le rapport policier inclut des photos d’événements publics aux Pays-Bas où des individus sont nommés ou visuellement marqués. Les auteurs affirment que ce matériel étaye leur conclusion que des activités visibles à l’étranger peuvent être enregistrées et utilisées dans des procédures de sécurité ou pénales en Turquie.
Le rapport indique que des documents officiels turcs examinés par les auteurs montrent que des visages sur des photos d’événements étaient marqués, des individus nommés et leurs liens supposés avec des fondations ou associations cartographiés.
La surveillance ne se limite pas aux personnes déjà visées par des procédures pénales en Turquie mais peut aussi concerner celles participant à des activités sociales, éducatives, culturelles, religieuses, bénévoles ou humanitaires visibles à l’étranger, selon le rapport.
Il mentionne également des organisations comme Time to Help, la Stichting Educatie Centrum Utrecht (SECU), Stichting Seva, Stichting Regenboog et Platform INS, précisant que leurs activités sont menées ouvertement et légalement aux Pays-Bas mais font l’objet d’une surveillance dans le cadre d’enquêtes antiterroristes turques.
Le rapport évoque aussi trois décisions rendues par le Conseil d’État néerlandais le 25 mars 2026 concernant des demandes d’asile de personnes associées au mouvement Gülen. Il indique que la cour a confirmé que les « activités post-fuite », c’est-à-dire les actions menées après avoir quitté la Turquie, doivent être prises en compte dans les évaluations individuelles de risque pour déterminer si une personne pourrait subir des persécutions ou mauvais traitements à son retour.
Selon le rapport, cela signifie que les autorités néerlandaises ne peuvent pas évaluer le risque uniquement sur la base de ce qui s’est passé avant le départ de Turquie. Elles doivent aussi considérer si des activités visibles aux Pays-Bas pourraient attirer l’attention des autorités turques et être utilisées contre la personne après son retour.
Le rapport précise que même une participation publique limitée à des événements liés au mouvement Gülen peut être pertinente selon l’approche du Conseil d’État si elle contribue à un profil de risque individuel.
Les risques possibles lors d’un retour en Turquie incluent, selon le rapport, des interrogatoires de sécurité, de nouvelles enquêtes pénales, des poursuites pour terrorisme, des mandats d’arrêt, des demandes d’extradition, des annulations de passeport, des restrictions de voyage, des pressions psychologiques, des traitements dégradants et des mauvais traitements.
Les auteurs estiment que ces conclusions concernent les procédures de protection internationale car elles montrent que des activités légales aux Pays-Bas peuvent être perçues différemment par les autorités turques. Ils soutiennent que le Service néerlandais de l’immigration et de la naturalisation devrait évaluer les activités visibles aux Pays-Bas comme un facteur de risque indépendant dans les dossiers d’asile impliquant des personnes liées au mouvement Gülen.
La Turquie qualifie le mouvement Gülen, inspiré par le savant turco-islamique Fehullah Gülen, d' »Organisation terroriste » et l’accuse d’avoir orchestré un coup d’État manqué en juillet 2016. Le mouvement nie toute implication dans cette tentative de putsch ou toute activité terroriste.
Ce rapport s’inscrit dans un contexte européen plus large d’allégations selon lesquelles la Turquie aurait surveillé, fait pression ou cherché à faire revenir des personnes liées au mouvement Gülen à l’étranger depuis le putsch avorté.
En 2017, les procureurs allemands ont ouvert des enquêtes sur des activités suspectes de renseignement turc visant des sympathisants présumés du mouvement Gülen en Allemagne. Les médias allemands et internationaux ont rapporté que la police avait perquisitionné des domiciles de prédicateurs musulmans turcs soupçonnés d’espionner des personnes liées au mouvement, tandis que l’Allemagne rejetait une demande turque de collecte de renseignements sur les sympathisants du mouvement Gülen.
La même année, les procureurs fédéraux suisses ont ouvert une enquête pénale sur des soupçons d’espionnage étranger au sein de la communauté turque en Suisse après des allégations selon lesquelles des acteurs liés à la Turquie avaient surveillé des critiques du gouvernement, y compris des personnes associées au mouvement Gülen.
En mars 2018, six ressortissants turcs liés à des écoles affiliées au mouvement Gülen ont été arrêtés au Kosovo et envoyés en Turquie. Le Premier ministre kosovar de l’époque, Ramush Haradinaj, a déclaré qu’il n’avait pas été informé de l’opération et a par la suite limogé son ministre de l’Intérieur et son chef du renseignement à cause de ces expulsions.
En septembre 2018, plusieurs enseignants turcs travaillant dans des écoles liées au mouvement Gülen en Moldavie ont été emmenés par les autorités moldaves et transférés en Turquie. La Cour européenne des droits de l’homme a par la suite estimé que la Moldavie avait violé leurs droits, affirmant que le transfert avait contourné les garanties légales.
Freedom House, dans un rapport sur la répression transnationale, a déclaré que la campagne post-2016 de la Turquie contre ses opposants présumés à l’étranger incluait des restitutions, des expulsions illégales, des annulations de passeport, de la surveillance, du harcèlement et des pressions sur les proches. L’organisation a précisé que cette campagne ciblait particulièrement les personnes accusées par Ankara d’avoir des liens avec le mouvement Gülen.
Des rapports citant les services de renseignement intérieur allemand ont également indiqué que les activités de renseignement turques en Allemagne se sont poursuivies les années suivantes, se concentrant sur des groupes considérés comme hostiles par Ankara, y compris les partisans du mouvement Gülen et du Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK) interdit.
Cet article a été traduit de sa version originale depuis le site Turkish Minute.
Et vous, qu'en pensez-vous ?




