Un avocat turc détenu au Mozambique, risque une extradition vers la Turquie pour ses liens présumés avec le mouvement Gülen
Un avocat turc représentant légal de l’école internationale Willow au Mozambique a été arrêté mardi suite à une demande d’extradition des autorités turques pour ses liens présumés avec le mouvement Gülen, a rapporté le Stockholm Center for Freedom, citant le quotidien étatique mozambicain Jornal Notícias.
Le Service national d’enquête criminelle du Mozambique a déclaré qu’Emre Çınar, 30 ans, avait été placé en garde à vue et comparaîtra devant un juge une fois les formalités procédurales accomplies. Çınar vit à Maputo depuis 2017.
Des médias locaux ont rapporté que le président turc Recep Tayyip Erdoğan, lors d’une visite au Mozambique en 2017, avait publiquement exigé que Çınar et plusieurs hommes d’affaires turcs soient « liquidés » et réclamé la fermeture de l’école internationale.
Les rapports indiquent également que Haluk Görgün, chef de la Présidence de l’industrie de défense turque (SSB), a réitéré la demande d’Ankara lors d’une visite à Maputo en novembre, proposant apparemment un soutien aux efforts antiterroristes du Mozambique dans la province septentrionale de Cabo Delgado en échange de mesures contre les institutions liées au mouvement Gülen.
Le président Recep Tayyip Erdoğan cible les sympathisants du mouvement Gülen, inspiré par le regretté prédicateur musulman Fethullah Gülen, depuis que les enquêtes pour corruption de décembre 2013 l’ont impliqué ainsi que certains membres de sa famille et de son cercle proche.
Qualifiant ces enquêtes de coup d’État güleniste et de complot contre son gouvernement, Erdoğan a commencé à prendre pour cible les membres du mouvement. Il l’a désigné comme une « Organisation terroriste » en mai 2016 et a intensifié la répression après une tentative de putsch avortée en juillet de la même année qu’il a imputée à Gülen. Le mouvement nie fermement toute implication dans cette tentative de coup d’État ou toute activité terroriste.
Des organisations de défense des droits de l’homme ont alerté que Çınar, qui a quitté la Turquie sous la pression politique, risquait des persécutions en cas d’extradition et ont appelé les instances internationales, dont l’ONU, à intervenir.
Selon le principe juridique international de non-refoulement, les demandeurs d’asile et les réfugiés doivent être protégés contre un renvoi vers un pays où leur vie ou leur liberté serait menacée. Ce principe est un pilier de la protection des réfugiés inscrit dans la Convention des Nations unies de 1951.
Depuis la tentative de coup d’État, la longue main d’Erdoğan s’est étendue à des dizaines de milliers de citoyens turcs à l’étranger. Entre surveillance via les missions diplomatiques et les organisations diasporiques pro-gouvernementales, refus de services consulaires, intimidation pure et simple et rapatriements illégaux, le gouvernement turc a employé un large éventail de tactiques contre ses critiques à l’étranger. Cette campagne s’est surtout appuyée sur des rapatriements où la Turquie et son Organisation nationale du renseignement (MİT) persuadent d’autres États de livrer des individus sans procédure régulière. Les victimes de ces opérations ont signalé plusieurs violations des droits de l’homme, dont des arrestations arbitraires, des actes de torture et des mauvais traitements. Le MİT a reconnu avoir mené des opérations pour le retour forcé de plus de 100 personnes accusées de liens avec le mouvement Gülen.
Cet article a été traduit de sa version originale depuis le site Turkish Minute.
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