Un animateur turc et une influenceuse parmi les interpellés dans une enquête antidrogue très médiatisée
Les autorités turques ont interpellé dimanche à Istanbul l’animateur télé Veyis Ateş et l’influenceur Taner Çağlı dans le cadre d’une enquête sur le trafic de drogue qui a déjà visé des journalistes, des influenceurs, des chefs d’entreprise et des personnalités des secteurs de la télévision, du cinéma, de la mode et des médias.
Le procureur de la République d’Istanbul a indiqué que les deux figuraient parmi 17 suspects arrêtés lors d’une nouvelle série de raids coordonnés visant des réseaux de consommation et de trafic de drogue dans les milieux sociaux huppés.
La police a mené des opérations simultanées à Istanbul et dans la province du sud-ouest de Muğla pour interpeller 15 personnes, en capturant 14, tandis qu’une reste en fuite.
Le vice-président d’un important groupe d’affaires turc figurait parmi les interpellés, selon des médias locaux.
Le même jour, la police a arrêté Zohaer Majhadi, directeur des relations publiques de la marque de vêtements Les Benjamins, et Rabia Yaman, styliste et designer.
Majhadi a été interpellé à l’aéroport d’Istanbul à son retour de l’étranger.
Le parquet accuse les deux hommes de trafic de drogue et de proxénétisme, bien que les preuves citées n’aient pas été rendues publiques.
Ces dernières interpellations marquent la quatrième vague de perquisitions dans une affaire qui n’a cessé de s’étendre depuis octobre.
L’enquête a déjà conduit à l’arrestation ou à l’interrogatoire de dizaines de personnalités en vue, dont des animateurs télé, des chanteurs pop, des acteurs, des journalistes, des figures de l’industrie de la mode et le dirigeant d’un grand club sportif.
La semaine dernière, la police a interpellé Sadettin Saran, président du club sportif Fenerbahçe, après qu’un test capillaire aurait révélé des traces de stupéfiants.
Saran a contesté ces résultats et demandé une contre-expertise.
Le conseil d’administration du club a publié un communiqué exprimant sa conviction qu’il parviendrait à se disculper et reprendrait ses fonctions.
L’enquête a débuté début octobre, lorsque 19 célébrités ont été convoquées pour interrogatoire et dépistage de drogue.
Parmi elles figuraient la chanteuse Hadise, l’actrice Demet Evgar et le mannequin Derin Talu, toutes relâchées le même jour. Le parquet a ensuite abandonné les poursuites contre plusieurs d’entre elles après des résultats toxicologiques négatifs.
Tout au long du mois de novembre, les autorités ont continué à prélever des échantillons sur des personnalités publiques sans ordonner d’interpellations.
Le ton a changé en décembre, lorsque les procureurs ont émis des mandats d’arrêt sur la base des résultats des tests et des éléments recueillis via des écoutes et une surveillance.
L’une des arrestations les plus marquantes a eu lieu à la mi-décembre, lorsque Mehmet Akif Ersoy, ancien rédacteur en chef de Habertürk TV, a été incarcéré pour usage de stupéfiants et mise à disposition d’un lieu de consommation.
Le parquet l’accuse d’avoir organisé des réunions privées où des narcotiques étaient consommés, bien qu’Ersoy nie toute faute.
La présentatrice Ela Rümeysa Cebeci a également été arrêtée après des tests de dépistage positifs.
Les autorités ont émis des mandats d’arrêt contre plusieurs personnes supposées à l’étranger, dont Şevval Şahin (Miss Turquie 2018), la mondaine Şeyma Subaşı et la personnalité médiatique Mert Vidinli.
Les suspects encourent diverses accusations : production et trafic de drogue, facilitation de la consommation, mise à disposition de locaux ou moyens pour usage de stupéfiants, et proxénétisme.
La police affirme avoir saisi lors de perquisitions dans des résidences et lieux de divertissement des quantités de cocaïne, de pilules, de cannabis et des armes non enregistrées.
Un établissement d’Istanbul serait équipé de pièces cachées utilisées pour la consommation de drogue et le travail du sexe, selon les enquêteurs.
L’enquête vise à cartographier les réseaux de distribution et identifier les personnes impliquées dans l’approvisionnement et l’organisation de soirées liées à la drogue.
Des politiques de l’opposition ont exprimé des réserves sur la nature de cette répression.
Özgür Özel, dirigeant du Parti républicain du peuple (CHP), a critiqué les raids menés à l’aube, estimant qu’ils nuisent aux réputations avant tout verdict judiciaire.
D’autres critiques soulignent que l’enquête cible des personnalités ayant entretenu de bonnes relations avec le gouvernement plutôt que des figures de l’opposition, remettant en cause l’idée que les connexions élitistes protègent des poursuites.
Des analystes notent que l’enquête est menée non par la police d’Istanbul mais par des équipes de gendarmerie, signe d’une méfiance envers la police et d’une volonté de contrôler les fuites.
Veyis Ateş, 48 ans, était un animateur et cadre de Habertürk TV avant sa démission en 2021.
Cette année-là, des enregistrements divulgués semblaient le montrer sollicitant 10 millions d’euros auprès d’un homme d’affaires en fuite en échange d’un contact avec le ministre de l’Intérieur de l’époque, Süleyman Soylu.
Il a nié toute faute mais a démissionné après un tollé public.
Taner Çağlı, 34 ans, est un créateur de contenu connu pour ses interviews de rue virales et ses commentaires sociaux sur YouTube et TikTok.
Les deux hommes avaient été interrogés début décembre et soumis à des tests toxicologiques.
Vendredi, un tribunal d’Istanbul a ordonné l’incarcération de 17 suspects dans l’attente de leur procès et placé deux autres sous contrôle judiciaire, avec obligation de se présenter régulièrement.
Ateş et Çağlı ont été soumis à de nouveaux tests après leur interpellation et pourraient être incarcérés après l’analyse des résultats.
La police indique qu’elle statuera sur d’autres arrestations ou libérations après l’évaluation complète des déclarations et preuves. À ce jour, 23 suspects restent en détention dans le cadre de cette enquête.
Cet article a été traduit de sa version originale depuis le site Turkish Minute.
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