Un allié d’Erdoğan évoque un sabotage alors qu’Ankara enquête sur le crash d’un avion ayant tué le chef de l’armée libyenne
Devlet Bahçeli, dirigeant du Parti du mouvement nationaliste (MHP) et proche allié du président Recep Tayyip Erdoğan, a déclaré que le timing du crash d’un avion près d’Ankara mardi, ayant coûté la vie au chef d’état-major libyen, soulève des questions, alimentant les allégations de sabotage alors que les enquêteurs turcs examinent les boîtes noires.
Parmi les victimes figuraient le lieutenant-général Mohammed Ali Ahmed al Haddad, chef d’état-major du gouvernement d’union nationale basé à Tripoli, ainsi que quatre autres officiels libyens et trois membres d’équipage turcs.
L’appareil, un jet d’affaires Dassault Falcon 50, avait décollé de l’aéroport d’Esenboğa à Ankara pour Tripoli, avant de signaler une panne électrique et de demander un atterrissage d’urgence, puis de disparaître des radars lors de sa descente.
Le ministre turc de l’Intérieur Ali Yerlikaya a indiqué que l’enregistreur vocal du cockpit et l’enregistreur de données de vol avaient été retrouvés et étaient en cours d’analyse.
Reuters a rapporté que l’avion était loué et immatriculé à Malte, et que son historique de propriété et technique était examiné, un détail ayant accru les suspicions publiques.
Le Premier ministre libyen Abdul Hamid Dbeibah a qualifié ces décès de perte nationale majeure, la Libye déclarant trois jours de deuil, tandis que les responsables tripolitains décrivaient al Haddad comme une figure unificatrice dans un pays toujours divisé par des factions armées rivales et des administrations concurrentes.
La Libye est fracturée depuis le soulèvement de 2011 ayant renversé Mouammar Kadhafi, avec le gouvernement d’union nationale de Tripoli contrôlant l’ouest du pays et une administration orientale alignée sur le commandant Khalifa Haftar dominant l’est.
La Turquie est le principal soutien étranger du gouvernement tripolitain et maintient des troupes et conseillers militaires en Libye selon des accords signés durant la guerre de 2019-2020 autour de Tripoli.
La délégation libyenne était à Ankara pour des discussions de défense visant à élargir la coopération militaire. Le crash est survenu un jour après que le parlement turc a prolongé le mandat des troupes turques en Libye pour deux années supplémentaires.
Les spéculations sur un sabotage se sont amplifiées après que Bahçeli a publié un message public insistant sur le timing plutôt que de se limiter aux condoléances.
Dans sa déclaration sur X, Bahçeli a affirmé que le crash intervenait à un moment où la Turquie et la Libye intensifiaient le dialogue et défendaient des intérêts communs en coordination, qualifiant l’incident de profondément triste et « préoccupant » quant à son timing.
Les commentaires politiques turcs ont généralement interprété les remarques de Bahçeli comme une insinuation que l’événement n’est pas ordinaire, et que son accent sur le timing constitue la base du « sous-entendu » que de nombreux commentateurs ont vu comme pointant vers un sabotage sans l’affirmer directement.
Le journaliste Murat Yetkin, dans son commentaire YouTube, a argué que l’enchaînement d’événements régionaux autour de la date du crash explique pourquoi les gens ont immédiatement cherché à savoir qui pourrait en bénéficier.
Yetkin a souligné que le partenariat turco-libyen est un pilier de la stratégie méditerranéenne orientale d’Ankara, l’accord frontalier maritime entre la Turquie et la Libye étant central pour ses revendications sur des zones maritimes contestées par la Grèce et Chypre.
Il a ensuite juxtaposé le crash avec le sommet trilatéral Israël-Grèce-Chypre tenu lundi à Jérusalem, une réunion ayant produit une déclaration commune axée sur la coopération énergétique, infrastructurelle et sécuritaire régionale.
Les trois pays ont signé un plan de coopération militaire suite à cette rencontre trilatérale, alimentant les arguments en ligne turcs selon lesquels un alignement régional rival aurait intérêt à affaiblir le partenariat turco-libyen.
La couverture israélienne du sommet a également mis en avant la coordination sécuritaire et la communication publique visant la Turquie, citée par les commentateurs turcs pour arguer que le timing du sommet rend les théories de sabotage plus plausibles.
Les médias pro-gouvernementaux turcs ont présenté le partenariat Israël-Grèce-Chypre comme une tentative de contrer l’influence régionale croissante de la Turquie.
Certaines allégations mentionnent également des témoignages rapportant un flash ou une explosion près du moment où le contact radar a été perdu, suggérant un incendie ou une explosion en vol plutôt qu’un simple incendie à l’impact, bien que les enquêteurs n’aient pas rendu publique une telle conclusion.
Les autorités turques n’ont pas présenté publiquement de preuve d’une attaque, et l’explication officielle se concentre pour l’instant sur l’appel d’urgence électrique et la tentative de retour vers l’aéroport d’Esenboğa.
Cet article a été traduit de sa version originale depuis le site Turkish Minute.
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