Procès-verbal de la rencontre entre députés et Öcalan en novembre : les efforts de paix d’Ankara liés à la situation en Syrie
Le parlement turc a publié l’intégralité du procès-verbal d’une rare rencontre entre des députés et le leader emprisonné du Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK), Abdullah Öcalan, offrant un aperçu détaillé de la manière dont les efforts de paix d’Ankara étaient perçus comme liés aux développements de l’autre côté de la frontière syrienne.
Le compte-rendu de 16 pages montre les députés turcs interrogeant Öcalan sur le fait que des combattants liés au PKK se déplaceraient du nord de l’Irak vers la Syrie plutôt que de déposer les armes et de se dissoudre, et sur la question de savoir si Öcalan conserve encore suffisamment d’influence pour contrôler ce processus.
Öcalan purge une peine de prison à perpétuité sur l’île d’İmralı, une prison de haute sécurité au sud d’Istanbul. Il a fondé le PKK, un groupe armé qui combat l’État turc depuis 1984. La Turquie et ses alliés occidentaux désignent le PKK comme une « organisation terroriste ».
La rencontre a eu lieu le 24 novembre 2025 dans le cadre d’une initiative parlementaire visant à créer un cadre juridique et politique pour mettre fin au conflit. La délégation comprenait des députés du Parti de la justice et du développement (AKP) au pouvoir en Turquie, de son allié d’extrême droite le Parti d’action nationaliste (MHP) et du Parti pour l’égalité et la démocratie des peuples (DEM), pro-kurde.
Le procès-verbal a été publié après des semaines de controverse sur la transparence. Un résumé plus court de quatre pages, basé sur des notes enregistrées par les services de renseignement turcs (MİT), avait été lu plus tôt à une commission parlementaire chargée d’élaborer un cadre de paix, suscitant les critiques d’un délégué du Parti DEM qui estimait qu’il ne reflétait pas l’esprit et toute la profondeur des propos d’Öcalan.
La Syrie, test central
Une grande partie du texte nouvellement publié se concentre sur la Syrie et l’avenir des Forces démocratiques syriennes (FDS), le groupe dirigé par les Kurdes qui s’est associé à l’armée américaine pour combattre le groupe État islamique, qui contrôlait une grande partie du nord-est de la Syrie en novembre mais a perdu la plupart de ces territoires au profit du gouvernement syrien plus tôt cette semaine.
La Turquie considère que les FDS sont liées au PKK par le biais de leur principale faction, les Unités de protection du peuple (YPG), et a mené à plusieurs reprises des opérations militaires transfrontalières en Syrie en invoquant des menaces pour sa sécurité.
Dans le procès-verbal, les députés disent à Öcalan qu’il est essentiel que les FDS en Syrie respectent un accord d’intégration du 10 mars et l’exhortent à faire une nouvelle déclaration sur la Syrie. Ils avertissent également que le dépôt des armes doit s’appliquer à toutes les branches et composantes liées au PKK.
La délégation confronte aussi Öcalan à ce qu’elle décrit comme des observations selon lesquelles des militants retirés d’Irak étaient envoyés en Syrie, qualifiant cela de contradiction avec des déclarations antérieures sur la fin des activités armées.
Öcalan répond en disant que le PKK doit déposer non seulement les armes en sa possession mais aussi ce qu’il appelle les « armes mentales ».
Le procès-verbal comprend également l’une des références les plus claires à ce jour à l’influence qu’Öcalan affirme avoir sur le paysage armé et politique en Syrie.
Interrogé sur sa connaissance de Ferhat Abdi Şahin, le commandant des FDS connu internationalement sous le nom de Mazloum Abdi, et sur sa volonté de suivre les ordres d’Öcalan, ce dernier le décrit comme un proche collaborateur et « loyal ».
Aucune formule d’autonomie et une Syrie unitaire
Le compte-rendu montre qu’Öcalan accepte les paramètres souvent cités par les responsables turcs comme des lignes rouges dans tout règlement politique.
On lui rappelle que son appel du 27 février au PKK pour qu’il dépose les armes stipulait que les Kurdes ne réclameraient pas un État séparé, une structure fédérale ou une autonomie administrative.
Concernant la Syrie, Öcalan déclare soutenir un État unitaire avec une démocratie locale et décrit la sécurité en termes de forces de l’ordre publiques, les comparant à la police plutôt qu’à une force de défense séparée.
Il appelle également à la prudence face aux manœuvres d’Israël dans la région, en particulier en Syrie.
Le procès-verbal montre Öcalan faisant l’éloge du leader du MHP Devlet Bahçeli et du président Recep Tayyip Erdoğan, attribuant à la « poignée de main » de Bahçeli le lancement des efforts de paix et affirmant qu’il tient les promesses qu’il a faites.
Il déclare que si les conditions le permettent, il a toujours la capacité théorique et pratique d’aider à instaurer la paix avec le PKK.
La transcription comprend également son affirmation selon laquelle les précédents efforts de paix ont échoué en raison du sabotage de ce qu’il appelle les « mécaniques de coup d’État », y compris des tentatives remontant au début des années 1990.
La publication de l’intégralité du procès-verbal intervient alors que le parlement travaille sur des mesures juridiques concernant d’anciens militants du PKK et des règles plus larges de lutte contre le terrorisme, dans un processus qu’Ankara relie également à la Syrie et à la force dirigée par les Kurdes soutenue par les États-Unis.
Cet article a été traduit de sa version originale depuis le site Turkish Minute.
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