L’offensive en Syrie accroît l’inquiétude parmi les Kurdes de Turquie
Les Kurdes de Turquie espèrent que la tentative d’Ankara de mettre fin à un conflit vieux de plusieurs décennies avec le Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK) ne sera pas compromise par une offensive menée par Damas contre les combattants kurdes dans le nord de la Syrie, soutenue par la Turquie.
Alliée proche du nouveau leadership syrien post-Bachar al-Assad, Ankara a engagé un dialogue avec le fondateur emprisonné du PKK, Abdullah Öcalan, dont les combattants ont mené une insurrection de quatre décennies ayant coûté la vie à quelque 40 000 personnes.
Mais ce processus est largement au point mort en raison d’une impasse entre les Forces démocratiques syriennes (FDS) à majorité kurde, qui contrôlent de vastes zones du nord-est de la Syrie, et Damas, qui exige leur intégration dans l’État central.
Cette confrontation, qui a déclenché des semaines d’affrontements, a atteint son paroxysme ce week-end lorsque les troupes syriennes ont progressé rapidement dans les zones contrôlées par les Kurdes et que le président Ahmed al-Sharaa a annoncé un cessez-le-feu pour imposer ses plans d’intégration.
Ankara a salué l’offensive comme une « lutte contre le terrorisme ». Mais cette action syrienne, débutée plus tôt ce mois-ci, a provoqué des protestations en Turquie, où les Kurdes représentent un cinquième des 86 millions d’habitants.
Malgré une forte neige, au moins 500 manifestants se sont rassemblés lundi à Diyarbakır, principale ville du sud-est à majorité kurde, où des heurts ont éclaté lorsque la police a tenté d’empêcher leur marche, a rapporté un correspondant de l’Agence France-Presse.
Les forces de l’ordre ont utilisé des gaz lacrymogènes et des balles en caoutchouc pour disperser la manifestation et procédé à au moins 20 arrestations, a précisé le correspondant de l’AFP.
La Turquie est depuis longtemps hostile aux FDS soutenues par les États-Unis, qu’elle considère comme une extension du PKK et une menace majeure le long de la frontière de 900 kilomètres qu’elle partage avec la Syrie.
« Sabotage »
Dimanche soir, le président Recep Tayyip Erdoğan a assuré à son homologue syrien que le soutien de la Turquie « continuera de s’accroître… notamment dans la lutte contre le terrorisme ».
« La Turquie est un acteur puissant sur le terrain et efficace à la table des négociations », a déclaré sur X le chef de la communication d’Erdoğan, Burhanettin Duran.
« Le cessez-le-feu et l’accord pour [l’intégration complète des FDS] marquent une étape importante », a-t-il écrit.
Pour les Kurdes, cette offensive porte un coup dur à leurs espoirs de préserver leur administration autonome.
Plusieurs jours de combats intenses plus tôt ce mois-ci ont chassé les FDS d’Alep, et ce week-end, les troupes gouvernementales ont également pris Raqqa, une ville que les FDS contrôlaient depuis sa reprise aux militants de l’État islamique il y a près de dix ans.
Mais le soutien de la Turquie a suscité la colère dans le pays, Öcalan avertissant que cette violence était « une tentative de sabotage » du processus de paix en cours, dans un message transmis via le parti pro-kurde DEM.
Le Parti DEM, qui a passé plus d’un an à faire la navette entre Ankara et Öcalan, a accusé le gouvernement de « pure hypocrisie ».
« Vous ne pouvez pas traiter ceux que vous appelez ‘citoyens’ de ce côté de la frontière comme des ‘ennemis’ de l’autre », a-t-il déclaré.
« Vous ne pouvez pas être constructif à Ankara et destructeur en Syrie. »
Interrogé par l’AFP, Abbas Şahin, l’un des dirigeants du Parti DEM à Diyarbakır, a qualifié l’opération de « menace » pour le processus de paix, « sévèrement mis à l’épreuve » mais qui « doit se poursuivre ».
Bayram Bozyel, chef du Parti socialiste du Kurdistan (PSK) basé à Diyarbakır, a affirmé que le soutien de la Turquie aux actions contre les Kurdes en Syrie « provoquait un malaise parmi les Kurdes de Turquie ».
« Nous ignorons comment le PKK réagira car la politique [d’Ankara] a suscité un profond sentiment de méfiance parmi les Kurdes », a-t-il déclaré.
« Aucun autre choix »
Malgré tout, Bozyel estime que la Turquie « continuera le [processus de paix] et le désarmement du PKK » car elle n’a « aucun autre choix ».
« Sinon, le PKK représentera une menace encore plus grande pour la Turquie. »
L’année dernière, répondant à un appel d’Öcalan, le PKK a annoncé la fin de sa campagne armée contre la Turquie, exprimant sa volonté d’opter pour une lutte démocratique pour défendre les droits kurdes.
Mais il y a six semaines, l’un de ses hauts responsables a confié à l’AFP qu’ils ne prendraient pas d’autres mesures sans réciprocité turque.
« Toutes les mesures [qu’Öcalan] a initiées ont été mises en œuvre… il n’y aura pas d’autres actions », a déclaré le commandant Amed Malazgirt.
© Agence France-Presse




