L’Italie approuve une coentreprise de drones avec la Turquie mais limite les ventes aux pays alignés sur l’Europe et l’OTAN
Les points importants
- Coup de frein sélectif : L'Italie autorise la coentreprise de drones Leonardo-Baykar mais en limite strictement les ventes aux seuls pays jugés alignés sur l'Europe et l'OTAN.
- Mains libres pour Rome : Les conditions font référence à un alignement politique, et non à une adhésion formelle à l'UE ou à l'OTAN, laissant au gouvernement italien un pouvoir discrétionnaire sur les clients.
- Technologie sous contrôle : Les équipements électroniques et les données sensibles seront classifiés, et une autorisation spéciale est nécessaire pour toute expansion internationale de LBA Systems.
L’Italie a approuvé une coentreprise de fabrication de drones entre le groupe de défense sous contrôle public Leonardo et le constructeur turc Baykar, mais a imposé des conditions de sécurité nationale restreignant ses ventes et son expansion à l’étranger aux pays politiquement alignés sur l’Europe et l’OTAN.
Le conseil des ministres italien a approuvé mardi la coentreprise à parts égales, baptisée LBA Systems, en exerçant des pouvoirs permettant au gouvernement de réglementer ou de bloquer les transactions impliquant des industries stratégiques.
Un porte-parole du cabinet de la Première ministre italienne Giorgia Meloni a confirmé l’approbation à BBC Turkish. Reuters a également rapporté la décision mercredi, citant une source proche du dossier.
Selon ces conditions, les aéronefs produits par la coentreprise ne pourront être vendus qu’à des pays que l’Italie considère comme politiquement alignés sur l’Europe et l’OTAN. Toute expansion de LBA Systems vers d’autres marchés internationaux sera soumise à la même restriction.
La formulation rapportée fait référence à un alignement politique plutôt qu’à une adhésion formelle à l’Union européenne ou à l’OTAN, ce qui laisse au gouvernement italien un pouvoir discrétionnaire sur les clients potentiels.
La technologie utilisée dans les aéronefs sera également classifiée en vertu des règles de sécurité nationale. Les autorités du renseignement italien ont cherché à obtenir des garanties pour protéger les informations classifiées, les données techniques et les systèmes requis par la coentreprise, selon des médias italiens.
Le gouvernement n’a pas publié le décret d’autorisation ni la liste complète de ses conditions.
L’Italie a examiné la transaction dans le cadre de son système Golden Power, établi par une loi de 2012 pour protéger les intérêts nationaux dans les secteurs de la défense, de la sécurité, de l’énergie, des transports, des communications et d’autres secteurs stratégiques.
Ces règles permettent au gouvernement d’imposer des conditions opérationnelles, d’opposer son veto à des décisions d’entreprise ou de bloquer des acquisitions lorsqu’il estime qu’elles menacent les intérêts nationaux.
Leonardo est soumis à ces contrôles en raison de son rôle dans l’industrie de défense italienne. Le ministère italien de l’Économie et des Finances détient environ 30,2 % de l’entreprise et dispose d’une influence suffisante pour nommer les deux tiers de ses administrateurs, conformément aux statuts de Leonardo.
LBA Systems aura son siège juridique et opérationnel en Italie. Leonardo et Baykar ont annoncé la coentreprise au Salon du Bourget en juin 2025, après avoir signé un protocole d’accord à Rome trois mois plus tôt.
Le prospectus de valeurs mobilières de Leonardo de mai 2026 décrivait LBA Systems comme une société encore en attente de création, indiquant que l’approbation réglementaire italienne restait nécessaire avant qu’elle ne puisse commencer ses opérations formelles.
La coentreprise concevra, développera, fabriquera et entretiendra des systèmes d’aéronefs sans pilote de nouvelle génération. Un système d’aéronef sans pilote comprend non seulement l’aéronef lui-même, mais aussi sa station de contrôle, ses liaisons de communication, ses capteurs et ses équipements de mission.
Baykar dirigera la conception et le développement des plates-formes aériennes. Sa gamme de produits comprend des drones de surveillance et de frappe à hélice, ainsi que l’avion de combat sans pilote Kızılelma à réaction.
Leonardo fournira les systèmes électroniques et les charges utiles de mission, y compris les capteurs et autres équipements embarqués. Il supervisera également les travaux de certification et d’homologation.
L’entreprise italienne développera des capacités de travail en équipe piloté-non piloté, permettant aux pilotes et aux drones de partager des données de capteurs et de mener des missions coordonnées. Elle contribuera également à la technologie d’essaim, qui permet à plusieurs aéronefs sans pilote de coordonner leurs mouvements et leurs tâches.
Leonardo a identifié quatre sites italiens pour le programme. Ronchi dei Legionari se chargera des travaux impliquant des aéronefs sans pilote ; Turin mènera les activités d’ingénierie et de certification ; l’établissement de la Tiburtina à Rome développera des systèmes reliant les opérations dans les domaines aérien, terrestre, maritime, spatial et cybernétique ; et Grottaglie produira des structures composites.
Une production est également prévue en Turquie.
Les partenaires ont décrit leurs portefeuilles comme complémentaires. Baykar fournit des aéronefs qui sont entrés en service dans les forces armées de plusieurs pays, tandis que Leonardo apporte des capteurs, de l’électronique, des systèmes de mission et une expertise en certification nécessaires pour accéder aux marchés européens de la défense.
Le partenariat donne à Baykar une base de fabrication et de certification au sein de l’Union européenne. Il donne également à Leonardo accès aux aéronefs de Baykar sans que l’entreprise italienne ait à développer chaque plate-forme à partir de zéro.
Selçuk Bayraktar, président et directeur de la technologie de Baykar, gendre du président turc Recep Tayyip Erdoğan, a signé l’accord avec le directeur général de Leonardo, Roberto Cingolani.
Baykar a renforcé sa présence en Italie en juin 2025 en finalisant l’acquisition de Piaggio Aerospace, un fabricant d’aéronefs et de moteurs qui était sous administration supervisée par l’État. L’Italie a également approuvé cette acquisition dans le cadre du système Golden Power.
Leonardo et Baykar estiment que le marché européen des avions de combat sans pilote, des drones de surveillance armés et des drones de frappe à longue portée atteindra 100 milliards de dollars sur dix ans.
Les nouvelles restrictions signifient que l’accès à ce marché se fera sous la supervision italienne des acheteurs, des partenariats étrangers et de la gestion de la technologie militaire.
Cet article a été traduit de sa version originale depuis le site Turkish Minute.
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