Les nouvelles règles d’asile de l’UE pourraient compliquer la protection des demandeurs turcs face à la répression contre le mouvement Gülen
Les points importants
- Règles d’asile durcies : L’UE classe désormais la Turquie comme pays sûr, rendant les demandes des Turcs, notamment celles liées à la répression contre le mouvement Gülen, plus vulnérables aux rejets accélérés.
- Taux de reconnaissance en chute libre : Le taux d’acceptation des demandes turques est passé de 54 % en 2019 à 13 % en 2025, bien en dessous du seuil des 20 %.
- Risques de renvoi abusifs : Les procédures accélérées risquent de ne pas identifier correctement les demandeurs persécutés, notamment les sympathisants du mouvement Gülen, avant de les renvoyer en Turquie.
Les citoyens turcs demandant l’asile en Europe pourraient rencontrer des difficultés accrues en vertu des nouvelles règles de migration de l’Union européenne entrées en vigueur vendredi, alors que la Turquie continue de poursuivre des personnes accusées de liens avec le mouvement Gülen, un mouvement religieux.
Ces règles élargissent le recours aux procédures accélérées et aux frontières pour les demandeurs provenant de pays dont les ressortissants sont considérés comme peu susceptibles d’obtenir une protection.
Selon les règles citées par l’Agence de l’Union européenne pour l’asile (EUAA), les pays candidats à l’adhésion à l’UE peuvent être inclus sur la liste des pays d’origine sûrs du bloc s’ils remplissent plusieurs conditions, notamment un taux de reconnaissance de l’asile à l’échelle de l’UE de 20 % ou moins. La Turquie entre dans le cadre des pays sûrs de l’UE en raison de son statut de candidat, et son taux de reconnaissance de l’asile était déjà tombé en dessous de 20 % avant l’entrée en vigueur du nouveau système. Selon lerapport sur l’asile 2026 de l’EUAA, le taux de reconnaissance de la Turquie est tombé à 13 % en 2025, contre 17 % en 2024 et 54 % en 2019.
Cette classification peut avoir des conséquences procédurales importantes. L’EUAA a indiqué que les demandes des ressortissants de pays dont le taux de reconnaissance est de 20 % ou moins peuvent être traitées dans le cadre de procédures accélérées ou aux frontières, permettant aux autorités de traiter plus rapidement les cas considérés comme probablement infondés.
Les données de 2025 ont montré que les ressortissants turcs étaient déjà fortement exposés au rejet avant l’entrée en vigueur des nouvelles règles. L’EUAA a indiqué qu’environ 56 % des décisions de première instance cette année-là ont été rendues à l’égard de ressortissants de pays à faible taux de reconnaissance. Les ressortissants de Turquie, du Venezuela, du Bangladesh et de Colombie ont reçu un tiers de toutes les décisions négatives, la Turquie étant la première citée parmi eux.
La préoccupation est particulièrement aiguë pour les demandeurs turcs qui affirment faire l’objet de poursuites ou de détention à motivation politique s’ils sont renvoyés. Ces cas peuvent inclure des personnes accusées de liens avec le mouvement Gülen, des militants politiques kurdes, des journalistes, des opposants, des avocats, des défenseurs des droits de l’homme et des utilisateurs de médias sociaux poursuivis en vertu de la loi antiterroriste ou d’une loi criminalisant l’insulte au président.
Le président turc Recep Tayyip Erdoğan a ciblé les adeptes du mouvement Gülen, inspiré par le défunt ecclésiastique musulman Fethullah Gülen, depuis des enquêtes sur la corruption en décembre 2013 qui l’ont impliqué ainsi que certains membres de sa famille et de son cercle rapproché. Il a qualifié ces enquêtes de complot de sympathisants du mouvement Gülen et a ensuite désigné le mouvement comme une organisation terroriste en mai 2016, intensifiant une répression généralisée après une tentative de coup d’État en juillet de la même année qu’il a accusé Gülen d’avoir orchestrée. Le mouvement nie toute implication dans la tentative de coup d’État ou toute activité terroriste.
Les autorités turques ont arrêté 1 601 personnes en 2025 dans le cadre de la répression en cours contre le mouvement Gülen.
Le nombre d’affaires turques en attente a également fortement chuté en 2025, passant d’environ 66 000 à 23 000, reflétant un traitement plus rapide et moins de nouvelles demandes. Dans le même temps, les demandes répétées de citoyens turcs ont augmenté, suggérant qu’une part croissante de demandeurs étaient des personnes déjà en Europe plutôt que de nouveaux arrivants de Turquie.
Dans le cadre du nouveau système, les personnes entrant irrégulièrement dans l’UE peuvent subir des contrôles d’identité, de sécurité et biométriques lors d’une procédure de filtrage pouvant durer jusqu’à sept jours. Les demandeurs considérés comme peu susceptibles d’obtenir une protection ou présentant un risque pour la sécurité peuvent être orientés vers des procédures accélérées près des frontières extérieures de l’UE, où leurs demandes peuvent être traitées dans un délai de 12 semaines.
La question n’est pas de savoir si chaque demandeur turc remplit les conditions de l’asile, mais si les procédures accélérées permettent d’identifier de manière fiable ceux qui y ont droit avant qu’ils ne soient rejetés et renvoyés.
Human Rights Watch a également critiqué le pacte de l’UE. Judith Sunderland, directrice associée Europe et Asie centrale de l’organisation, a déclaré que le pacte “takes a sledgehammer to the right to asylum” à un moment où l’Europe devrait défendre les droits de l’homme.
Le commissaire européen aux migrations, Magnus Brunner, a défendu la réforme, déclarant que le bloc avait, “for the first time”, un système européen complet qui donnerait aux États membres un plus grand contrôle sur qui entre, reste et part.
Les demandes de citoyens turcs dans les pays UE+ ont chuté d’environ 40 % en 2025, passant à 33 202 contre 55 678 un an plus tôt, selon l’agence. Les pays UE+ comprennent les États membres de l’UE, l’Islande, le Liechtenstein, la Norvège et la Suisse.
Les ressortissants turcs représentaient encore environ 4 % de toutes les demandes d’asile dans les pays UE+, faisant de la Turquie l’un des cinq principaux pays d’origine après l’Afghanistan, le Venezuela, la Syrie et le Bangladesh.
Cet article est republié à partir du Stockholm Center for Freedom.
Cet article a été traduit de sa version originale depuis le site Turkish Minute.
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