Les indemnisations pour violations des droits en Turquie sur 4 mois dépassent déjà le total de 2025
La Turquie a versé 148,18 millions de livres turques (3,25 millions de dollars) d’indemnisation pour violations des droits durant les quatre premiers mois de 2026, dépassant déjà le total annuel de 2025, selon les données budgétaires du ministère du Trésor et des Finances citées par la journaliste Çiğdem Toker.
Ces paiements figurent dans le budget de l’État sous la rubrique « indemnisation des recours individuels », une catégorie couvrant les compensations accordées suite à des requêtes devant la Cour constitutionnelle.
Les versements se sont élevés à 8,39 millions de livres en janvier, 24,52 millions en février, 58,77 millions en mars et 56,5 millions en avril.
Le total sur quatre mois représente plus du triple des 47,16 millions de livres versés sur la même période en 2025.
Pour l’ensemble de 2025, les indemnités pour recours individuels s’étaient établies à 111,5 millions de livres, ce qui signifie que le montant payé entre janvier et avril 2026 excède déjà de 36,7 millions le total de l’année précédente.
Cette hausse suit une baisse après un record en 2023, lorsque l’État avait déboursé 1,35 milliard de livres au titre de ce poste budgétaire. Les paiements étaient retombés à 155,9 millions en 2024 puis 111,5 millions en 2025.
Le système turc de recours individuel permet aux citoyens de saisir la Cour constitutionnelle pour des violations présumées de leurs droits fondamentaux après épuisement des voies de recours nationales. Entré en vigueur le 23 septembre 2012, ce mécanisme constitue un préalable obligatoire pour de nombreux requérants avant de pouvoir saisir la Cour européenne des droits de l’homme.
Les dernières statistiques publiées par la Cour constitutionnelle illustrent l’ampleur de la tâche. Entre le 23 septembre 2012 et le 31 décembre 2025, la cour a reçu 714 774 requêtes individuelles, en a traité 623 088, laissant 91 686 dossiers en attente. Son taux de traitement atteint 87,2%, selon l’agence étatique Anadolu.
La cour a constaté au moins une violation des droits dans 82 753 des affaires closes.
Les indemnités peuvent couvrir des préjudices matériels ou moraux, selon la nature de la violation. Toker souligne que la hausse reflète non seulement le nombre de requêtes, mais aussi la nature des griefs et le montant des compensations accordées.
Un motif récurrent concerne le droit à un procès équitable dans un délai raisonnable, problème persistant du système judiciaire turc. Dans ces affaires, la seule durée excessive de la procédure peut entraîner une condamnation pour violation des droits.
Dans un arrêt de 2022, la Cour constitutionnelle avait estimé que l’absence de recours effectif contre les procédures trop longues violait le droit à un recours effectif lié au droit à un procès dans des délais raisonnables.
Toker précise que la cour tient compte de l’inflation et de l’évolution du pouvoir d’achat pour fixer les montants d’indemnisation, notamment dans les affaires de procédures prolongées.
L’institution chargée du paiement varie selon la nature de l’indemnisation. Pour les violations du droit à un procès dans des délais raisonnables, c’est le ministère de la Justice qui verse les sommes ordonnées par la Cour constitutionnelle.
Ces chiffres montrent comment les condamnations pour violations des droits et les retards judiciaires se traduisent en dépenses publiques, alors que la Cour constitutionnelle continue de traiter un important arriéré de requêtes individuelles.
Cet article a été traduit de sa version originale depuis le site Turkish Minute.
Et vous, qu'en pensez-vous ?




