Les citoyens turcs en tête des expulsions de l’UE, suscitant des inquiétudes pour la sécurité des opposants politiques
Les citoyens turcs ont constitué le plus grand groupe de ressortissants renvoyés des pays de l’Union européenne vers des États non membres en 2025, selon les données d’Eurostat, alors que les institutions européennes continuent de documenter les risques juridiques en Turquie pour les dissidents, les personnes présumées affiliées au mouvement Gülen, les militants kurdes et autres critiques perçus du gouvernement.
Les chiffres d’Eurostat publiés mardi montrent que 13 405 citoyens turcs ont été renvoyés des pays de l’UE vers des pays tiers l’année dernière après avoir reçu des ordres de quitter le territoire. Ce chiffre place les ressortissants turcs devant les autres grands groupes de rapatriés, alors que le bloc continue de durcir les contrôles migratoires. Eurostat enregistre les retours vers des pays non membres de l’UE mais ne précise pas les destinations dans ses chiffres globaux.
Eurostat définit les retours comme les cas où des ressortissants de pays tiers ayant reçu un ordre administratif ou judiciaire de quitter un pays de l’UE sont renvoyés vers un pays tiers. Les chiffres ne précisent pas si les personnes renvoyées avaient demandé l’asile, disposaient de permis de séjour, avaient dépassé la durée de leur visa ou étaient entrées irrégulièrement.
Les retours vers la Turquie peuvent revêtir une sensibilité juridique particulière car les institutions et tribunaux européens ont à plusieurs reprises documenté des inquiétudes concernant l’utilisation par le pays de lois antiterroristes et de poursuites visant des critiques du gouvernement et des opposants politiques perçus comme tels.
Ces inquiétudes ont été particulièrement marquées dans les cas impliquant des sympathisants présumés du mouvement Gülen ainsi que des politiciens kurdes, des journalistes, des figures de l’opposition et des défenseurs des droits humains.
Le président turc Recep Tayyip Erdoğan a pris pour cible les sympathisants du mouvement Gülen, inspiré par le regretté clerc musulman Fethullah Gülen, depuis que des enquêtes pour corruption en décembre 2013 l’ont impliqué ainsi que certains membres de sa famille et de son cercle proche. Il a qualifié ces enquêtes de complot güleniste et a ensuite désigné le mouvement comme une « organisation terroriste » en mai 2016, intensifiant une répression massive après une tentative de coup d’État en juillet de la même année qu’il a imputée à Gülen. Le mouvement nie toute implication dans la tentative de coup d’État ou dans toute activité terroriste.
Les institutions européennes ont documenté des inquiétudes concernant l’utilisation par la Turquie de lois antiterroristes. Dans son rapport 2025 sur la Turquie, la Commission européenne a déclaré que la Turquie devrait aligner sa législation et sa mise en œuvre antiterroristes sur les normes européennes, la Convention européenne des droits de l’homme, la jurisprudence de la Cour européenne des droits de l’homme (CEDH), les recommandations de la Commission de Venise et les pratiques de l’UE.
La CEDH a à plusieurs reprises statué contre la Turquie dans des affaires impliquant des condamnations pour terrorisme liées à des liens présumés avec le mouvement Gülen. Dans l’affaire Yüksel Yalçınkaya, la cour a constaté des violations du droit à un procès équitable, du principe de non-rétroactivité de la loi pénale et de la liberté d’association.
La semaine dernière, la cour a statué que la Turquie avait violé l’article 7 de la Convention européenne des droits de l’homme, qui interdit les peines sans base légale, et l’article 3, qui interdit les traitements inhumains ou dégradants, dans le cas de Şaban Yasak, condamné en 2018 pour des liens présumés avec le mouvement Gülen.
Les lois antiterroristes et pénales turques ont également été utilisées dans des affaires impliquant des journalistes et des militants kurdes. Human Rights Watch a déclaré dans son rapport 2025 sur la Turquie que les journalistes font régulièrement l’objet de poursuites en vertu de la loi antiterroriste turque et d’autres lois, et que les journalistes kurdes sont ciblés de manière disproportionnée.
Les journalistes en Turquie ont été poursuivis pour des reportages, des publications sur les réseaux sociaux et des contacts avec des sources ou des organisations considérées par les autorités comme liées à des groupes interdits. Les politiciens et militants kurdes, en particulier ceux liés à des partis ou mouvements pro-kurdes, ont fait face à des poursuites pour terrorisme que les critiques estiment criminaliser l’activité et l’expression politiques.
Ces chiffres ont été publiés alors que les gouvernements de l’UE continuaient d’accorder une plus grande importance aux retours dans leur politique migratoire. Eurostat a déclaré que 491 950 ressortissants de pays tiers avaient reçu l’ordre de quitter les pays de l’UE en 2025, soit une augmentation de 5,8 % par rapport à 2024. Il a indiqué que 135 460 ressortissants de pays tiers avaient été renvoyés vers un pays tiers suite à un ordre de quitter le territoire, soit une augmentation de 20,9 % par rapport à l’année précédente.
Cet article est republié depuis le Stockholm Center for Freedom.
Cet article a été traduit de sa version originale depuis le site Turkish Minute.
Et vous, qu'en pensez-vous ?




