Les autorités néerlandaises ne peuvent ignorer les risques liés aux affiliations familiales et aux activités liées au mouvement Gülen dans les demandes d’asile : décision de la plus haute cour néerlandaise
Le Conseil d’État néerlandais a statué le 25 mars que les demandes d’asile déposées par des personnes liées au mouvement Gülen doivent être évaluées selon des critères plus stricts et au cas par cas, tout en précisant que les autorités ne peuvent ignorer les risques liés aux profils des membres de la famille ou aux activités des demandeurs à l’étranger.
Le président Recep Tayyip Erdoğan cible les sympathisants du mouvement Gülen, inspiré par l’érudit musulman Fehullah Gülen, depuis que les enquêtes pour corruption de décembre 2013 l’ont impliqué ainsi que certains membres de sa famille et de son cercle proche.
Qualifiant ces enquêtes de tentative de coup d’État par le mouvement Gülen et de complot contre son gouvernement, Erdoğan a commencé à s’en prendre aux membres du mouvement. Il l’a désigné comme une « organisation terroriste » en mai 2016 et a intensifié la répression après un putsch avorté en juillet de la même année qu’il a attribué à Gülen. Le mouvement nie fermement toute implication dans cette tentative de coup d’État ou dans des activités terroristes.
Dans une série de décisions, la plus haute cour administrative des Pays-Bas a confirmé la légalité d’une politique révisée d’asile entrée en vigueur le 1er décembre 2023. Cette politique maintient les sympathisants du mouvement Gülen dans un groupe à risque reconnu, mais met fin à une approche plus souple où des preuves relativement limitées aboutissaient plus souvent à une protection.
La cour a estimé que les demandeurs liés au mouvement peuvent toujours prétendre à l’asile car ils risquent des persécutions en Turquie. Elle a également précisé qu’ils n’ont pas nécessairement besoin de preuves approfondies, des indications limitées mais crédibles pouvant suffire.
Dans le même temps, la cour a autorisé les autorités néerlandaises à appliquer une évaluation individuelle plus stricte, citant des rapports officiels indiquant un déclin dans l’intensité des poursuites judiciaires contre les personnes accusées de liens avec le mouvement Gülen en Turquie.
Mais la cour a aussi rejeté certains arguments du gouvernement dans des cas individuels.
Dans une décision, elle a estimé que les autorités avaient trop restrictivement argué que seuls les proches de sympathisants haut placés du mouvement Gülen couraient un danger. La cour a souligné que des sources officielles montrent que les membres de la famille d’autres sympathisants présumés peuvent aussi faire l’objet de contrôles et que le rôle d’un parent ou d’un proche doit être examiné attentivement lors de l’évaluation des risques.
La cour a également affirmé que les activités à l’étranger ne doivent pas être ignorées. Elle a pointé des éléments prouvant que les autorités turques surveillent le mouvement Gülen au-delà des frontières et estimé que les demandes impliquant du bénévolat, des associations ou une surveillance à l’étranger nécessitent un examen approfondi.
Selon les derniers chiffres du ministère de la Justice, plus de 126 000 personnes ont été condamnées pour des liens présumés avec le mouvement depuis 2016, dont 11 085 sont encore en prison. Des procédures judiciaires sont en cours pour plus de 24 000 individus, tandis que 58 000 autres font toujours l’objet d’enquêtes actives près d’une décennie plus tard.
Outre les milliers d’emprisonnements, de nombreux autres sympathisants du mouvement Gülen ont dû fuir la Turquie pour échapper à la répression gouvernementale.




