Le risque de pauvreté des jeunes en Turquie dépasse la moyenne de l’UE, selon Eurostat
Les points importants
- Risque de pauvreté élevé : 28,2 % des jeunes Turcs (15-29 ans) sont concernés, contre 24,2 % dans l’UE.
- Privation matérielle sévère : 10,4 % des jeunes en Turquie en souffrent, soit près du double de la moyenne européenne (5,8 %).
- Crise persistante : deux études locales montrent que la pauvreté pousse les jeunes à l’émigration et au décrochage scolaire.
Près de trois jeunes sur dix en Turquie étaient menacés de pauvreté ou d’exclusion sociale en 2025, un taux supérieur à la moyenne de l’Union européenne, selon les données d’Eurostat.
Les chiffres, publiés dans la rubrique « Jeunes — inclusion sociale » d’Eurostat, montrent que 28,2 % des personnes âgées de 15 à 29 ans en Turquie étaient exposées à un risque de pauvreté ou d’exclusion sociale, contre 24,2 % dans l’UE.
Le chiffre de l’UE correspond à 17,3 millions de jeunes, soit près d’un quart de la tranche d’âge 15-29 ans, précise Eurostat.
L’indicateur, connu sous le nom d’AROPE, comptabilise les personnes confrontées à au moins un des trois problèmes suivants : faible revenu, privation matérielle et sociale sévère, ou vie dans un ménage où les adultes travaillent très peu.
Sur le plan des revenus, il inclut les personnes dont le revenu disponible est inférieur à 60 % du revenu médian national après transferts sociaux.
Eurostat indique que les jeunes de l’UE sont plus susceptibles que l’ensemble de la population d’être confrontés à la pauvreté ou à l’exclusion sociale.
Le taux chez les jeunes était de 24,2 % en 2025, contre 20,9 % pour l’ensemble de la population.
Le taux de la Turquie la place parmi les pays affichant les niveaux les plus élevés de pauvreté ou d’exclusion sociale des jeunes dans la comparaison d’Eurostat, qui inclut les États membres de l’UE ainsi que certains pays de l’Association européenne de libre-échange et des pays candidats.
Parmi les pays de l’UE, les taux les plus élevés ont été enregistrés en Roumanie (30,8 %), suivie du Danemark et de la Finlande (30,7 % tous deux) et de la Grèce (30 %).
Les données montrent également que 21,9 % des jeunes Turcs âgés de 15 à 29 ans étaient menacés de pauvreté, contre une moyenne de 19,6 % dans l’UE. Eurostat précise que le taux de l’UE correspond à près de 14 millions de jeunes.
L’indicateur de risque de pauvreté mesure la pauvreté relative en termes de revenus. Il concerne les personnes dont le revenu disponible est inférieur à 60 % du revenu médian national après transferts sociaux.
Pour l’ensemble de la population, la Turquie affichait un taux de risque de pauvreté de 23,4 % en 2025, supérieur à la moyenne de l’UE (16,3 %). Ce taux turc était également plus élevé que ceux de la Lituanie (22,6 %), de la Lettonie (22 %), de la Macédoine du Nord (21,9 %) et de la Bulgarie (21,2 %).
Le rapport montre aussi que 10,4 % des 15-29 ans en Turquie souffraient d’une privation matérielle et sociale sévère, bien au-dessus de la moyenne européenne de 5,8 %. Ce taux était de 12 % pour l’ensemble de la population turque, contre 6,3 % dans l’UE.
Eurostat définit la privation matérielle et sociale sévère comme l’incapacité à s’offrir au moins sept des treize biens ou activités jugés nécessaires à une qualité de vie décente. Il s’agit notamment de chauffer correctement son logement, de faire face à des dépenses imprévues, de consommer de la viande, du poisson ou un équivalent végétarien tous les deux jours, de remplacer des vêtements usés, de participer à des loisirs et de dépenser une petite somme d’argent pour soi chaque semaine.
Parmi les pays de l’UE, les taux de privation les plus élevés chez les jeunes ont été enregistrés en Roumanie (15,1 %), en Grèce (14,7 %) et en Bulgarie (14 %). Le taux était inférieur à 3 % dans dix pays de l’UE : Croatie, Slovénie, Pologne, Tchéquie, Estonie, Chypre, Autriche, Pays-Bas, Luxembourg et Portugal.
Eurostat précise que ces chiffres proviennent des statistiques européennes sur les revenus et les conditions de vie, une enquête annuelle qui sert de source principale pour les données sur les revenus, les conditions de vie et la qualité de vie en Europe.
Ces données s’ajoutent à des recherches montrant que la crise économique prolongée en Turquie frappe durement les enfants et les jeunes.
Un récent rapport du syndicat des travailleurs de l’éducation et des sciences (Eğitim Sen) a révélé que la pauvreté généralisée dans la province méridionale d’Adana poussait les enfants à quitter l’école pour travailler, de nombreux élèves se rendant à l’école le ventre vide et des stagiaires professionnels effectuant de longues journées de travail.
Une autre étude menée par l’Université İstanbul Bilgi a mis en évidence un sentiment généralisé de désespoir, une faible satisfaction dans la vie et de faibles perspectives d’emploi chez les jeunes qui ne sont ni en études, ni en emploi, ni en formation, un groupe connu sous le nom de NEET.
L’étude révèle qu’environ un tiers des jeunes sans emploi n’étudiaient ni ne suivaient de formation professionnelle, plaçant la Turquie parmi les pays ayant les taux de NEET les plus élevés de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) et d’Europe.
La dégradation des perspectives économiques a également alimenté les inquiétudes concernant l’émigration des jeunes. L’étude de l’Université İstanbul Bilgi a montré que 67 % des jeunes interrogés souhaitaient partir à l’étranger pour de meilleures opportunités d’emploi, tandis que 36 % déclaraient ne pas voir d’avenir pour eux en Turquie.
Cet article a été traduit de sa version originale depuis le site Turkish Minute.
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