Le régulateur des médias turc inflige des amendes à 3 chaînes de télévision pour contenu jugé nuisible aux valeurs familiales
Le régulateur audiovisuel turc, le Conseil supérieur de la radio et de la télévision (RTÜK), a infligé des amendes à trois chaînes nationales pour des contenus prétendument contraires aux valeurs familiales, normalisant des « relations déviantes » ou faisant l’apologie de la violence, a rapporté l’agence de presse publique Anadolu.
Dans un communiqué publié lundi, le RTÜK a indiqué que ces sanctions ont été décidées après l’examen de plaintes de téléspectateurs transmises à son centre de communication et l’évaluation des programmes au regard de la loi n°6112 sur les services audiovisuels.
Le conseil a sanctionné Kanal D pour des scènes diffusées dans la série « Güller ve Günahlar » (Roses et Péchés) le 8 novembre 2025. Le RTÜK a estimé que cet épisode contenait des dialogues et situations banalisant ce qu’il qualifie de « relations déviantes », enfreignant ainsi les règles imposant aux diffuseurs de respecter les valeurs nationales, morales et l’institution familiale.
NOW TV a également été pénalisée pour sa série « Kıskanmak » (Jalousie). Le régulateur affirme avoir reçu des plaintes dénonçant des scènes portant atteinte à la famille, donnant un mauvais exemple aux jeunes ou légitimant la violence.
Selon l’évaluation du conseil, cette série présentait les conflits conjugaux, l’hostilité et la violence de manière à en banaliser les manifestations.
Une troisième amende a visé Star TV pour le programme quotidien « Nur Viral ile Sen İstersen » (Si tu le veux avec Nur Viral). Le RTÜK accuse l’émission d’exploiter des « relations marginales, déviantes et dégénérées » à des fins d’audimat, contribuant selon lui à l’érosion des valeurs sociales. Le conseil souligne avoir reçu de nombreuses plaintes concernant ce programme.
Ces décisions ont été adoptées à la majorité lors de la réunion hebdomadaire du conseil. Les montants exacts des amendes n’ont pas été divulgués, mais elles ont été infligées sous forme de sanctions administratives pécuniaires.
La Turquie impose depuis longtemps une régulation stricte des contenus audiovisuels et en ligne, une pratique régulièrement dénoncée par les défenseurs des droits et l’opposition, qui y voient un instrument de censure des expressions artistiques et des minorités comme la communauté LGBTQ+.
Ces nouvelles sanctions interviennent dans un contexte de préoccupations croissantes quant à l’indépendance du RTÜK, accusé par ses détracteurs de servir d’outil pour museler les voix dissidentes et renforcer le narratif pro-gouvernemental.
Les membres du conseil sont nommés proportionnellement à la représentation parlementaire des partis, ce qui assure au Parti de la justice et du développement (AKP) une domination effective sur cette instance.
Selon le Media Freedom Rapid Response (MFRR), le RTÜK a prononcé 46 sanctions au premier semestre 2025, dont 42 contre des médias critiques, pour un montant total approchant les 100 millions de livres turques (environ 2 millions d’euros).
Le RTÜK applique des sanctions administratives prévues par l’article 32 de la loi n°6112, incluant avertissements, suspensions de programmes et amendes. Dans les cas graves, des suspensions temporaires d’antenne voire des retraits de licence peuvent être prononcés.
Après le coup d’État manqué de juillet 2016, le gouvernement turc a fermé arbitrairement près de 200 médias pour leurs prétendus liens avec le terrorisme ou leur implication dans sa propagande. Cette purge post-coup de 2016 a également conduit à l’arrestation de dizaines de journalistes, faisant brièvement de la Turquie le deuxième pays emprisonnant le plus de journalistes au monde après la Chine.
La Turquie, qui souffre depuis des années d’une mauvaise situation en matière de liberté de la presse, occupe le 159e rang sur 180 pays dans le Classement mondial de la liberté de la presse 2025 de Reporters sans frontières (RSF).
Cet article a été traduit de sa version originale depuis le site Turkish Minute.
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