Le principal parti d’opposition turc dépose plainte contre le procureur menant les enquêtes visant le CHP
Le Parti républicain du peuple (CHP), principale formation d’opposition en Turquie, a porté plainte contre le procureur en chef d’Istanbul, Akın Gürlek, qui supervise une répression accrue contre le parti. Il l’accuse d’avoir acquis des biens disproportionnés par rapport à ses revenus et d’avoir obtenu des gains illicites, rapporte l’édition turque de Deutsche Welle.
La plainte a été déposée le 17 décembre auprès du parquet général d’Ankara, puis transmise au Conseil des juges et procureurs (HSK) en raison des règles de compétence.
Gürlek, 43 ans, est le procureur en chef chargé d’une série d’enquêtes et de poursuites visant le CHP.
Dans sa requête, le parti affirme que les revenus déclarés par Gürlek ne peuvent justifier ses actifs et activités financières rapportés, suscitant de « fortes suspicions » quant à l’obtention illégale de certains revenus.
La plainte comprend plusieurs allégations, notamment que Gürlek disposait d’un coffre-fort dans une banque d’Ankara et effectuait des dépôts en espèces importants sans lien avec ses revenus personnels.
Le CHP soutient que l’existence de ce coffre et son contenu n’ont pas été déclarés conformément à la loi turque sur la transparence patrimoniale.
Le parti évoque également l’ancien rôle de Gürlek comme administrateur d’Etimine SA, filière luxembourgeoise de la société minière publique Eti Maden. Selon la plainte, Gürlek a siégé au conseil jusqu’en août 2025 après sa nomination comme procureur en chef d’Istanbul en octobre 2024, percevant des revenus durant cette période.
Le dirigeant du CHP Özgür Özel a récemment affirmé que Gürlek, nommé procureur en chef le 2 octobre 2024 puis administrateur d’Etimine le 29 novembre 2024, a continué à percevoir des revenus « pendant neuf mois », y compris lors de la détention puis de l’arrestation en mars du maire d’Istanbul Ekrem İmamoğlu.
Gürlek a répondu à ces accusations dans une interview rare publiée le mois dernier par le quotidien pro-gouvernemental Yeni Şafak, niant ces allégations.
« Je ne daigne même pas répondre à cela », a déclaré Gürlek au journal. « Sous pression, ils en sont réduits aux attaques », a-t-il ajouté.
Les avocats du CHP soulignent que la Constitution et la loi turque sur les juges et procureurs interdisent explicitement aux membres de la magistrature toute activité lucrative en dehors de leurs fonctions officielles, rendant ces revenus illégaux.
Une autre accusation concerne un bien immobilier acquis en mars 2024 dans le quartier stambouliote de Küçükçekmece pour 9,8 millions de livres (environ 300 000 dollars à l’époque), alors que des propriétés similaires valaient environ 30 millions de livres. La plainte indique que le bien a ensuite été revendu 40 millions de livres, éveillant des soupçons de favoritisme et d’enrichissement illicite.
Le CHP accuse également Gürlek d’avoir tenté d’acquérir un luxueux appartement dans le quartier de Beşiktaş pour plus de 95 millions de livres (2,4 millions de dollars) via un accord préliminaire signé en juin, montant incompatible selon le parti avec ses revenus légaux.
Le CHP a demandé à l’organisme turc de lutte contre les crimes financiers (MASAK) et à des experts indépendants d’examiner les relevés financiers et les dépenses de Gürlek. Le parti a joint des copies notariées de contrats immobiliers comme preuves.
Gürlek, ancien juge et vice-ministre de la Justice connu pour avoir condamné des dissidents dans des procès politiques, a été nommé procureur en chef d’Istanbul dans un contexte de craintes accrues de pression judiciaire contre les critiques du gouvernement.
Peu après sa nomination, il a lancé plusieurs enquêtes visant des maires et responsables du CHP.
Selon un rapport du CHP fin octobre, 16 maires du CHP sont actuellement emprisonnés et 13 municipalités ont été placées sous tutelle administrative depuis la large victoire du parti aux élections locales de mars 2024. Le parti dénonce un « coup d’État judiciaire » visant à annuler ses gains électoraux.
Le gouvernement rejette toute motivation politique, affirmant que toutes les enquêtes respectent la légalité.
Détérioration de l’État de droit
Les inquiétudes sur l’indépendance de la justice turque se sont accentuées depuis la tentative de coup d’État de 2016, après laquelle plus de 4000 juges et procureurs ont été limogés et remplacés par de jeunes magistrats perçus comme loyaux au Parti de la justice et du développement (AKP) au pouvoir.
Dans le dernier indice mondial sur l’État de droit publié en octobre 2025 par le World Justice Project, la Turquie s’est classée 118e sur 143 pays, perdant une place par rapport à l’année précédente.
Cet article a été traduit de sa version originale depuis le site Turkish Minute.
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