Le ministre turc de la Justice s’est vanté d’avoir mis sur écoute les appels d’Erdoğan, affirme le chef de l’opposition
Le leader de l’opposition turque, Özgür Özel, a accusé le ministre de la Justice Akın Gürlek de s’être vanté auprès de son entourage d’écouter secrètement les conversations téléphoniques du président Recep Tayyip Erdoğan. Ces allégations ont déclenché une enquête pénale contre Özel et un démenti catégorique du ministre.
Lors d’une interview sur Sözcü TV citée par les médias turcs, Özel a affirmé que Gürlek communiquait avec Erdoğan via une ligne téléphonique cryptée, transmettant des informations sur les procédures judiciaires en cours. Le ministre aurait déclaré à ses proches : « Je mets aussi sur écoute [les appels d’]Erdoğan, ils ne peuvent rien contre moi ». Özel a également accusé Gürlek d’avoir enregistré des conversations et fourni de fausses informations à Erdoğan concernant l’affaire visant le maire d’Istanbul Ekrem İmamoğlu, actuellement en prison.
Quelques heures seulement après ces déclarations, le parquet de Bakırköy à Istanbul a annoncé l’ouverture d’une enquête contre Özel pour « diffusion publique d’informations trompeuses », estimant que ses propos télévisés étaient susceptibles de troubler l’ordre public.
Gürlek a vivement démenti ces accusations, les qualifiant de « calomnies infondées » et d' »attaque flagrante » contre la sécurité nationale. Dans un communiqué du ministère de la Justice, il a affirmé qu’Özel cherchait à masquer son propre épuisement politique par des scénarios inventés, promettant des poursuites judiciaires.
Cet affrontement s’inscrit dans la longue rivalité entre le Parti républicain du peuple (CHP, opposition) et Gürlek, ancien procureur en chef d’Istanbul devenu ministre de la Justice en février après avoir mené une offensive judiciaire contre ce parti. À ce poste, il avait supervisé les arrestations de responsables du CHP et l’enquête ayant conduit à l’emprisonnement du maire d’Istanbul İmamoğlu, principal rival politique d’Erdoğan.
Gürlek a orchestré une vaste répression contre le CHP, notamment dans le dossier où les procureurs réclamaient plus de 2000 ans de prison pour İmamoğlu. Selon Human Rights Watch, les enquêtes visant le CHP ont commencé après la nomination de Gürlek comme procureur en chef d’Istanbul en octobre 2024.
Ces nouvelles déclarations d’Özel interviennent après des semaines d’accusations du CHP concernant le patrimoine immobilier inexpliqué de Gürlek. En mars, Özel avait affirmé que le ministre possédait 16 titres de propriété, suggérant que ses revenus de magistrat ne pouvaient justifier un tel patrimoine. Gürlek avait alors nié, déclarant ne posséder que quatre biens et accusant Özel d’avoir fabriqué les documents.
Ces nouvelles allégations montent d’un cran dans l’affrontement politique, passant des accusations d’enrichissement suspect ou de dérives judiciaires à des révélations sur une possible surveillance au sommet de l’État turc. Özel a promis de nouvelles révélations sur Gürlek dans les une à deux semaines à venir, laissant entendre qu’elles pourraient le contraindre à démissionner.
Cet article a été traduit de sa version originale depuis le site Turkish Minute.
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