Le maire d’Istanbul emprisonné déclare qu’une élection présidentielle sans lui mettrait fin à la légitimité d’Erdoğan
Le maire d’Istanbul Ekrem İmamoğlu, candidat déclaré de l’opposition à la présidentielle, actuellement en prison, affirme qu’un scrutin national auquel il ne pourrait participer « serait une élection où la légitimité du président prend fin », soutenant que cela se transformerait en référendum sur son emprisonnement et la répression plus large contre l’opposition.
İmamoğlu, figure majeure du Parti républicain du peuple (CHP), a fait ces déclarations dans une interview écrite publiée par le site d’information T24, où il a répondu depuis le complexe pénitentiaire de Marmara à Istanbul. Les procureurs ont ordonné sa détention le 19 mars, et il a été incarcéré quatre jours plus tard dans le cadre d’une enquête pour corruption que le CHP qualifie de politiquement motivée.
Au cœur de l’argumentation d’İmamoğlu se trouve son insistance à rester le candidat de l’opposition malgré plusieurs affaires qui pourraient l’empêcher de se présenter. La constitution turque exige qu’un candidat à la présidentielle ait obtenu un diplôme de l’enseignement supérieur. En mars 2025, l’Université d’Istanbul a invalidé son diplôme en raison de prétendues irrégularités liées à un transfert datant de plusieurs décennies, une décision qu’il a contestée en justice et qualifiée de tentative pour bloquer sa candidature.
İmamoğlu a écrit qu’il était devenu le candidat du CHP grâce à « 15,5 millions » de voix lors d’une primaire du parti, présentant sa candidature comme un mandat populaire plutôt qu’une décision partisane. Il a souligné que l’affaire du diplôme n’était pas close et que « ma candidature se poursuit incontestablement », tout en laissant entendre que le CHP pourrait présenter d’autres candidats si la justice finissait par l’écarter.
Il a employé un langage plus dur envers le camp du président Recep Tayyip Erdoğan, déclarant que les responsables qui rêvent de réécrire la constitution avec une supermajorité au parlement « devront patienter longtemps » et moquant Erdoğan sur la question des limites de mandat. Dans le système actuel, Erdoğan est au pouvoir depuis plus de deux décennies, d’abord comme Premier ministre puis comme président, tandis que partisans et détracteurs débattent depuis longtemps de la légalité d’un nouveau mandat.
Concernant l’affaire pénale qui l’a conduit en prison, İmamoğlu a affirmé que l’acte d’accusation repose sur des déclarations forcées et manque de preuves sur des appels d’offres illégaux ou des flux d’argent. Il a demandé la retransmission en direct des audiences, écrivant que « celui qui a confiance en son acte d’accusation diffuse les audiences », et soutenant que l’examen public révélerait le caractère politique du dossier.
Interrogé sur ses promesses électorales s’il pouvait se présenter, İmamoğlu a cité « la justice, l’économie et l’éducation » comme priorités absolues. Il a déclaré qu’il agirait immédiatement pour rétablir l’indépendance judiciaire, notamment en modifiant la structure du Conseil des juges et procureurs, l’organe chargé des nominations et de la discipline judiciaire. Il a également décrit un projet de « revenu citoyen » pour aider les familles en difficulté, ainsi que des plans pour créer de nouvelles institutions publiques axées sur la science, la technologie et le renouveau industriel. Il a promis une éducation publique gratuite et de qualité sur tout le territoire, affirmant que les écoles publiques devraient redevenir « les meilleures du pays ».
L’interview a largement dépassé les questions de politique intérieure pour aborder le conflit de longue date entre l’État turc et le Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK), interdit. İmamoğlu a soutenu que cette question ne pouvait être traitée uniquement sous l’angle sécuritaire, la qualifiant de problème démocratique nécessitant des garanties juridiques et une citoyenneté égale. Il a appuyé de nouvelles initiatives de paix que le gouvernement présente sous l’étiquette « Turquie sans terrorisme ».
Le maire emprisonné a également renouvelé ses appels passés en faveur de la libération de Selahattin Demirtaş, homme politique kurde incarcéré depuis 2016 malgré les arrêts de la Cour européenne des droits de l’homme (CEDH) exigeant sa libération.
En matière de politique étrangère, İmamoğlu a plaidé pour une approche « axée sur les valeurs » ancrée dans l’État de droit et les standards démocratiques, mais associée à des capacités solides en matière de défense et de renseignement. Il a estimé que le principal risque dans les relations avec Israël n’était pas une attaque directe contre la Turquie, mais une escalade en Syrie via des tensions aériennes, des forces proxy et des activités de renseignement.
İmamoğlu a défendu le maintien de l’objectif d’adhésion à l’Union européenne comme ancre stratégique, bien que les négociations d’adhésion soient effectivement gelées depuis des années. Il a argué que l’Europe fixait toujours des normes influençant le commerce, les investissements et la réglementation turcs, affirmant qu' »il est facile de dire ‘l’UE est terminée’, mais le besoin d’alignement sur ses standards persiste ».
İmamoğlu a également critiqué ce qu’il décrit comme le silence des capitales occidentales face à la répression d’Erdoğan contre ses opposants, affirmant que cela réduit le coût de la répression pour les autoritaires. Il a soutenu que la coopération transactionnelle sur les migrations, l’énergie et la sécurité permettait à Ankara d’écarter les critiques intérieures en les présentant comme des attaques contre la Turquie.
Fin 2025, les procureurs ont déposé un acte d’accusation contre İmamoğlu demandant une peine totale de 2 352 ans de prison dans une vaste affaire liée à des allégations de corruption à la municipalité d’Istanbul. Ses avocats rejettent toute faute et affirment que cette affaire vise à éliminer le rival le plus redoutable d’Erdoğan avant la prochaine élection présidentielle, prévue en 2028 sauf scrutin anticipé.
Cet article a été traduit de sa version originale depuis le site Turkish Minute.
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