Le leader de l’opposition turque İmamoğlu passe en procès un an après son arrestation
Le maire d’İstanbul emprisonné Ekrem İmamoğlu a comparu lundi dans une vaste affaire de corruption que ses partisans dénoncent comme une manœuvre politique visant à entraver sa candidature face au président Recep Tayyip Erdoğan.
Arrêté le 19 mars de l’année dernière et incarcéré depuis, İmamoğlu doit comparaître devant le tribunal de Silivri pour l’ouverture d’un procès pour corruption où le parquet réclame contre lui 2 430 ans de prison.
Des applaudissements ont éclaté lorsque İmamoğlu et des dizaines d’autres accusés sont entrés dans la salle d’audience bondée, tandis que des spectateurs scandaient : « Nous sommes fiers de vous ! », selon des journalistes présents sur place.
İmamoğlu a été arrêté le jour même où il était désigné candidat à la présidence par le Parti républicain du peuple (CHP), principal parti d’opposition. Il est largement perçu comme l’un des rares politiciens susceptibles de battre Erdoğan lors des élections prévues avant mi-2028.
Le parquet a inculpé cet homme de 54 ans pour 142 chefs d’accusation, allant de la corruption au détournement de fonds en passant par l’espionnage, aux côtés de plus de 400 autres accusés, dans un acte d’accusation qui s’étend sur près de 4 000 pages.
Ils l’accusent d’avoir dirigé un vaste réseau criminel sur lequel il exerçait une influence « comme une pieuvre ».
Toute manifestation étant interdite dans un rayon d’un kilomètre autour du tribunal, des supporters se sont rassemblés à distance, brandissant des portraits d’İmamoğlu et d’une quinzaine d’autres maires du CHP en détention, a rapporté un correspondant de l’Agence France-Presse sur place.
« Président İmamoğlu ! », ont-ils scandé. « Le jour viendra où les rôles seront inversés et l’AKP devra rendre des comptes », ont-ils crié, en référence au Parti de la justice et du développement (AKP) au pouvoir d’Erdoğan.
Un système judiciaire « instrumentalisé »
Le procès a été largement dénoncé par des organisations de défense des droits comme Human Rights Watch et Amnesty International, qui ont toutes deux condamné « l’instrumentalisation » du système judiciaire turc pour éliminer des opposants politiques.
« Cette procédure porte les marques d’une tentative d’intimidation des opposants politiques au gouvernement et de musellement des dissidences dans le pays », a déclaré Dinushika Dissanayake, directrice adjointe d’Amnesty pour l’Europe.
« Ce procès massif est l’exemple le plus extrême de l’inquiétante instrumentalisation du système judiciaire turc, dont l’indépendance a été presque entièrement vidée de sa substance. »
Le tribunal ayant prévu un nombre très élevé d’accusés, les autorités judiciaires avaient commencé la construction d’une nouvelle salle d’audience spécialement pour ce procès, mais celle-ci n’avait pas été achevée à temps, ont indiqué des responsables du CHP dimanche.
Le tribunal a limité à 25 le nombre de journalistes couvrant le procès, dont cinq représentants de médias internationaux.
Lors de l’audience de lundi, un résumé de l’acte d’accusation sera lu et le tribunal décidera du calendrier des audiences.
Parmi les personnes présentes figuraient le leader du CHP Özgür Özel et l’épouse d’İmamoğlu, Dilek, qui a déclaré aux journalistes que leur demande de diffusion en direct du procès avait été ignorée.
« Nous sommes nerveux et impatients avant l’audience. Je lui ai rendu visite la semaine dernière et son moral est plutôt bon », a-t-elle affirmé.
Répression judiciaire
Depuis que le CHP a remporté une victoire écrasante aux élections locales de mars 2024 face à l’AKP d’Erdoğan, il subit une vague de répression judiciaire. Quinze de ses maires sont désormais derrière les barreaux.
Les analystes estiment qu’İmamoğlu ne pourra presque certainement pas se présenter à la prochaine élection présidentielle.
Même s’il était blanchi des accusations de corruption, il fait face à un obstacle juridique encore plus important : une contestation en justice de la validité de son diplôme universitaire, condition constitutionnelle pour les candidats à la présidence.
S’il devait être disqualifié, les observateurs politiques s’attendent à ce que le leader du CHP Özgür Özel ou le maire d’Ankara Mansur Yavaş deviennent les candidats probables pour la course présidentielle.
© Agence France-Presse
Cet article a été traduit de sa version originale depuis le site Turkish Minute.
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