Le Kenya libère un réfugié turc arrêté à la demande de la Turquie
Un réfugié turc au Kenya, arrêté suite à une demande d’Ankara puis maintenu en détention provisoire sur ordre du tribunal, a été libéré mardi, a rapporté le Stockholm Center for Freedom.
Dans une déclaration sur X après sa libération, Amnesty International Kenya et la Law Society of Kenya ont affirmé que ce cas soulève des inquiétudes concernant la protection des réfugiés.
« Le maintenir en détention au-delà de dix jours sans preuve tangible aurait constitué une violation supplémentaire de ses droits de réfugié et des obligations internationales du Kenya », ont déclaré les organisations.
Mustafa Güngör a été libéré sous caution personnelle, ce qui signifie qu’il a été libéré sans payer de caution mais reste soumis à des conditions judiciaires jusqu’à une audience prévue le 3 février.
Güngör, réfugié enregistré au Kenya avec une carte d’identité valide, avait été arrêté le 20 décembre avec son épouse Zeliha, leurs deux filles et ses beaux-parents, accusés de liens avec le mouvement Gülen, une communauté religieuse. Les arrestations auraient suivi une demande des autorités turques, formulée selon Amnesty dans le cadre d’un accord d’entraide judiciaire. Si les membres de sa famille ont été libérés, Güngör est resté en détention, risquant un retour forcé en Turquie.
Un tribunal kényan avait rejeté une demande de libération sous caution déposée par la Law Society of Kenya et ordonné que Güngör reste en détention provisoire dans l’attente d’une enquête approfondie, a indiqué Amnesty dans un post sur les réseaux sociaux le 22 décembre. Le tribunal avait reporté sa décision au 30 décembre.
Le président Recep Tayyip Erdoğan cible les sympathisants du mouvement Gülen, inspiré par le prédicateur musulman Fehullah Gülen, depuis que des enquêtes pour corruption en décembre 2013 l’ont impliqué ainsi que des membres de sa famille et de son cercle proche.
Qualifiant ces enquêtes de « coup d’État » et de complot contre son gouvernement, Erdoğan a commencé à persécuter les membres du mouvement. Il l’a désigné comme une « organisation terroriste » en mai 2016, intensifiant la répression après une tentative de putsch avortée en juillet de la même année – qu’il a imputée à Gülen. Le mouvement dément fermement toute implication dans cette tentative ou toute activité terroriste.
L’arrestation de Güngör a ravivé les craintes de refoulement, après le retour forcé de quatre ressortissants turcs depuis le Kenya l’an dernier malgré leur protection par le HCR. Cette décision avait suscité de vives critiques, y compris de la part du secrétaire général de l’ONU António Guterres.
Le principe international de non-refoulement interdit le renvoi de demandeurs d’asile et de réfugiés vers un pays où leur vie ou liberté serait menacée. Ce principe, pierre angulaire du droit des réfugiés, est inscrit dans la Convention de Genève de 1951 et la loi kényane sur les réfugiés de 2021.
Dans leur déclaration, les organisations ont également évoqué des précédents impliquant des Turcs au Kenya. En 2021, Selahaddin Gülen, neveu de Fethullah Gülen, avait été enlevé à Nairobi et ramené en Turquie malgré une décision de justice kényane bloquant son extradition.
En octobre 2024, quatre réfugiés turcs enregistrés avaient été renvoyés de force au Kenya vers la Turquie, malgré la protection du HCR. Ce retour avait provoqué une vague de critiques, y compris du secrétaire général de l’ONU Guterres.
Depuis la tentative de coup d’État, la longue main d’Erdoğan s’est abattue sur des dizaines de milliers de citoyens turcs à l’étranger. Entre surveillance via les missions diplomatiques, organisations diasporiques pro-gouvernementales, refus de services consulaires, intimidations et rapatriements illégaux, le gouvernement turc déploie un arsenal répressif contre ses critiques à l’étranger. Cette campagne repose souvent sur des extraditions où la Turquie et son MIT convainquent des États de livrer des individus sans procédure légale. Les victimes rapportent des violations des droits humains : arrestations arbitraires, tortures et mauvais traitements. Le MIT a reconnu avoir procédé au retour forcé de plus de 100 personnes accusées de liens avec le mouvement Gülen.
Cet article a été traduit de sa version originale depuis le site Turkish Minute.
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