Le fondateur emprisonné du PKK Öcalan cherche à s’adresser directement aux Turcs
Abdullah Öcalan, fondateur emprisonné du Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK), a demandé un moyen de s’adresser directement au public turc, affirmant que ses positions sur l’initiative de paix entre la Turquie et les militants kurdes doivent toucher un public plus large alors que les pourparlers entrent dans ce que les acteurs politiques kurdes décrivent comme une phase décisive.
Dans un message publié mardi par une délégation du Parti pour l’égalité et la démocratie des peuples (DEM), pro-kurde, après une visite le 27 mars dans la prison de l’île d’İmralı où le chef du PKK est détenu depuis 1999, Öcalan a déclaré que l’ère du conflit armé était révolue et qu’un retour en arrière était impossible. Il a exprimé son souhait de toucher le grand public « par des moyens appropriés » afin que ses analyses du processus soient correctement comprises.
Öcalan a également exhorté les autorités turques et le parlement à agir rapidement pour établir ce qu’il a qualifié de cadre juridique global et inclusif pour la prochaine phase. La délégation du DEM a souligné que le processus avait atteint un seuil critique et que le parlement avait la responsabilité historique de donner une base légale aux efforts de paix sans délai.
Ce message accroît la pression sur Ankara à un moment où l’initiative de paix turque avec le PKK est passée de la question du dépôt des armes par les militants à celle des garanties juridiques et politiques. Le 27 février, Öcalan avait déjà plaidé pour une « loi sur la paix » visant une « intégration démocratique », un an après son appel au groupe pour qu’il mette fin à sa campagne armée et se dissolve.
Le processus a pris forme le 18 février lorsqu’une commission parlementaire a approuvé une feuille de route liant les réformes juridiques au désarmement du PKK. Cette étape a été perçue comme l’une des avancées institutionnelles les plus claires vers la fin d’un conflit ayant fait plus de 40 000 morts depuis 1984. Le PKK est classé comme « organisation terroriste » par la Turquie et ses alliés occidentaux.
Mais les récents développements ont aussi révélé les limites du processus. Lors des célébrations du Nevruz ce mois-ci, des leaders politiques kurdes et des groupes de gauche alliés ont exigé des avancées démocratiques concrètes, notamment la fin des destitutions de maires élus, le respect des décisions de la Cour constitutionnelle et de la Cour européenne des droits de l’homme (CEDH), et une action rapide du parlement. Les autorités turques ont quant à elles arrêté 170 personnes lors d’opérations liées au Nevruz pour des accusations principalement liées à la propagande du PKK, et un tribunal d’Istanbul a ensuite placé neuf personnes en détention provisoire dans l’une de ces affaires.
Dans son dernier message, Öcalan a présenté l’effort de paix comme partie intégrante d’une lutte plus large sur l’avenir de la Turquie et du Moyen-Orient, affirmant que la démocratie était la seule solution capable de renforcer la république. Il a estimé que l’État devait reconnaître que ce processus ne représentait aucune menace destructrice ou sécuritaire, tout en appelant à un modèle fondé sur l’identité, la liberté de pensée, la liberté d’organisation et l’émancipation des femmes pour tous les citoyens, pas seulement les Kurdes.
© Agence France-Presse
Cet article a été traduit de sa version originale depuis le site Turkish Minute.
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