L’autopsie confirme un traumatisme crânien violent dans la mort du journaliste environnemental turc
Une autopsie a révélé que le journaliste et militant écologiste turc Hakan Tosun est décédé des suites d’un grave traumatisme crânien causé par des violences, présentant de multiples fractures et lésions compatibles avec une agression répétée, a rapporté jeudi le site d’information Halk TV.
Tosun, 50 ans, a été attaqué dans la soirée du 10 octobre dans le quartier d’Esenyurt à Istanbul alors qu’il rentrait chez lui. Hospitalisé en état critique, il est décédé le 13 octobre après plusieurs jours en soins intensifs.
Le rapport médico-légal, rédigé par le Conseil de médecine légale (ATK), a constaté des lésions au visage, au crâne, au cou, aux bras, à la poitrine, au dos et aux jambes, ainsi que d’importantes ecchymoses sur plusieurs parties de son corps, accompagnées de fractures du crâne, de l’orbite oculaire et de l’os sphénoïde.
Deux suspects arrêtés dans le cadre de l’enquête ont affirmé lors des interrogatoires que Tosun était ivre, injurieux et se comportait de manière inappropriée. Ils ont également allégué la présence de drogues dans son sac.
Le rapport de l’ATK et les images de vidéosurveillance ont contredit ces déclarations. Aucune trace de stupéfiants ou de stimulants n’a été détectée dans son organisme, et les comprimés retrouvés dans son sac se sont avérés ne pas être des substances illicites.
Halk TV a indiqué que les enregistrements consultés par les enquêteurs montrent que Tosun a été agressé à deux endroits distincts. Le rapport de l’ATK décrit des blessures correspondant à des coups répétés lors des deux incidents.
Des interrogations sur un troisième individu
Les images ont également révélé la présence d’une troisième personne, identifiée dans le dossier sous les initiales Y.Ö., interrogée en tant que témoin. Les enregistrements montrent que Y.Ö. est revenu sur les lieux après la première agression, a transporté un suspect à moto suite à la seconde attaque, puis est revenu une nouvelle fois.
Malgré les objections des avocats de la famille Tosun, les procureurs et la police ont maintenu que Y.Ö. n’encourait aucune responsabilité pénale. Les autorités ont affirmé qu’une analyse interne des images suggérait une tentative d’intervention, et les procureurs ont déclaré n’avoir trouvé aucun élément criminel.
Celal Fırat, député du Parti pour l’égalité et la démocratie des peuples (DEM Party, pro-kurde), a soumis une question parlementaire demandant si une nouvelle enquête serait ouverte pour clarifier le rôle du troisième individu.
Le parquet de Büyükçekmece a répondu qu’aucun élément criminel n’avait été identifié et qu’aucune preuve ne laissait supposer une attaque organisée ou liée à un gang.
Par ailleurs, les deux suspects en détention ont comparu le 6 janvier par visioconférence, demandant une libération sous caution. Le tribunal pénal de paix de Büyükçekmece a rejeté leur demande, invoquant la gravité des faits reprochés et l’absence de nouvel élément, ordonnant le maintien en détention.
Tosun avait débuté sa carrière comme technicien radio au début des années 1990 avant de devenir rédacteur en chef et documentariste. Il était connu pour ses reportages et films documentaires sur la protection de l’environnement, l’activisme urbain et la lutte contre la gentrification.
Son décès a suscité une vague de condamnations des syndicats de journalistes, associations écologistes, organisations de défense des droits et politiques de l’opposition, exigeant une enquête transparente et complète.
En Turquie, les journalistes sont fréquemment exposés à des violences physiques et à un harcèlement judiciaire dans l’exercice de leur profession.
Le pays, régulièrement pointé pour son bilan médiocre en matière de liberté de la presse, était classé 159e sur 180 dans l’Index mondial de la liberté de la presse 2025 de Reporters sans frontières (RSF).
Cet article a été traduit de sa version originale depuis le site Turkish Minute.
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