L’armée syrienne ordonne aux forces kurdes de se retirer d’une zone à l’est d’Alep
L’armée syrienne a demandé mardi aux forces kurdes de se retirer d’une zone qu’elles contrôlent à l’est d’Alep, après avoir chassé des combattants de deux quartiers de la ville lors d’affrontements meurtriers la semaine dernière.
Cette décision suscite de nouvelles craintes d’une escalade des combats entre les deux parties, alors que le gouvernement islamiste syrien cherche à étendre son autorité sur tout le pays et que les progrès stagnent pour intégrer l’administration autonome de facto et les forces kurdes au gouvernement central.
À Qamichli, la principale ville kurde du nord-est du pays, des milliers de personnes ont manifesté contre les violences à Alep, certaines brûlant des portraits du président syrien Ahmed al-Sharaa, a rapporté un correspondant de l’Agence France-Presse.
La télévision d’État syrienne a publié une déclaration de l’armée avec une carte désignant une vaste zone à l’est d’Alep comme « zone militaire fermée » et affirmant que « tous les groupes armés dans cette zone doivent se retirer à l’est de l’Euphrate ».
La zone commence près de Deir Hafer, à environ 50 kilomètres à l’est d’Alep, et s’étend jusqu’à l’Euphrate plus à l’est, ainsi que vers le sud.
Lundi, la Syrie a accusé les Forces démocratiques syriennes (FDS), soutenues par les États-Unis et dirigées par les Kurdes, d’envoyer des renforts à Deir Hafer et a déclaré avoir envoyé son propre personnel en réponse.
Les FDS sont l’armée de facto de l’administration semi-autonome kurde et contrôlent de vastes zones riches en pétrole du nord et du nord-est du pays, dont une grande partie a été capturée pendant la guerre civile syrienne et la lutte contre le groupe État islamique.
Un correspondant de l’AFP a vu des forces gouvernementales transporter des renforts militaires, y compris des batteries de défense aérienne et de l’artillerie, vers Deir Hafer mardi.
Les FDS ont nié tout renforcement de leur personnel autour de Deir Hafer.
« Effusion de sang »
Le gouvernement syrien a pris le contrôle total de la ville d’Alep ce week-end après s’être emparé des quartiers à majorité kurde de Sheikh Maqsud et Ashrafiyeh et avoir évacué les combattants vers des zones contrôlées par les Kurdes dans le nord-est du pays.
Les deux parties se sont mutuellement accusées d’avoir déclenché les violences de mardi dernier qui ont fait des dizaines de morts et déplacé des dizaines de milliers de personnes.
À Qamichli, des milliers de personnes ont protesté contre les violences à Alep et contre le dirigeant syrien al-Sharaa, certaines brandissant des drapeaux kurdes ou des banderoles en soutien aux FDS et à leur chef, Mazloum Abdi.
« Dégage, Jolani ! » ont-ils crié, utilisant le nom de guerre d’al-Sharaa lorsqu’il était commandant rebelle islamiste, Abou Mohammed al-Jolani.
« Ce gouvernement n’a pas honoré ses engagements envers aucun Syrien », a déclaré Joudi Ali, propriétaire d’un café.
« Il y a eu des effusions de sang depuis son arrivée au pouvoir, comme les massacres alaouites et druzes », a déclaré cet homme de 29 ans à l’AFP, évoquant des violences sectaires l’année dernière impliquant ces deux communautés minoritaires.
La plupart des magasins étaient fermés à Qamichli alors que les habitants observaient une grève générale.
D’autres manifestants ont brûlé des portraits du ministre turc des Affaires étrangères Hakan Fidan, dont le pays a salué l’opération du gouvernement syrien à Alep « contre les organisations terroristes ».
PKK, Turquie
La Turquie est depuis longtemps hostile aux FDS, les considérant comme une extension du Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK) et une menace majeure le long de sa frontière sud.
L’année dernière, le PKK a annoncé la fin de sa campagne armée contre l’État turc et a commencé à détruire ses armes, mais Ankara a insisté pour que cette mesure inclue les groupes armés kurdes en Syrie.
Mardi, le PKK a qualifié « l’attaque contre les quartiers kurdes d’Alep » de tentative de sabotage des efforts de paix entre lui et Ankara.
La veille, le parti au pouvoir à Ankara avait qualifié les affrontements de tentative des combattants kurdes de saboter ces efforts.
La Turquie a à plusieurs reprises appelé à l’intégration des forces kurdes syriennes dans le nouveau gouvernement dans le cadre d’un accord conclu en mars entre Damas et les FDS qui devait être mis en œuvre l’année dernière.
L’Observatoire syrien des droits de l’homme, basé en Grande-Bretagne, a rapporté que 45 civils et 60 soldats et combattants des deux camps avaient été tués dans les violences à Alep.
Aucune des deux parties n’a publié de bilan complet.
Un responsable de la défense civile d’Alep, Faysal Mohammad, a déclaré à l’AFP mardi que les secouristes avaient retiré 50 corps des deux quartiers à majorité kurde depuis la fin des combats, sans préciser s’il s’agissait de combattants ou de civils.




