« L’alliance sioniste-impérialiste est imbibée de sang », déclare l’allié d’extrême droite d’Erdoğan
Devlet Bahçeli, chef du Parti d’action nationaliste (MHP) d’extrême droite et allié clé du président Recep Tayyip Erdoğan, a accusé mardi les États-Unis et Israël d’enfoncer la région dans la guerre, affirmant que « la volonté militaire et politique de l’alliance sioniste-impérialiste est imbibée de sang, de haine et de malveillance. »
Bahçeli a prononcé ces mots lors de la réunion du groupe parlementaire de son parti à l’assemblée.
Le leader d’extrême droite a déclaré que les appels au cessez-le-feu et à la diplomatie avaient échoué, accusant Washington d’utiliser un langage coercitif après que le président Donald Trump ait affirmé que lui et le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu décideraient de la fin de la guerre.
Bahçeli a également souligné que les civils iraniens subissaient le coût de cette campagne, évoquant notamment le bombardement du 28 février sur une école de filles à Minab, dans le sud de l’Iran, où des experts de l’ONU ont rapporté la mort d’au moins 165 écolières. Des analyses des médias américains suggèrent une probable responsabilité des États-Unis dans cette frappe. L’armée américaine mène une enquête.
Les déclarations de Bahçeli interviennent alors que Washington laisse entendre que mardi marquera la journée de frappes la plus intense du conflit à ce jour. Les États-Unis affirment avoir frappé plus de 5 000 cibles durant les dix premiers jours de la campagne, incluant des actifs navals, tandis que la perturbation du trafic dans le détroit d’Ormuz, par lequel transite environ un cinquième du pétrole mondial, fait grimper les coûts énergétiques et des engrais, alimentant les craintes d’un impact économique plus large.
Le discours du politicien turc reflète aussi l’inquiétude grandissante d’Ankara face à un conflit qui se rapproche de ses frontières. La Turquie a annoncé lundi que les défenses aériennes de l’OTAN avaient abattu un deuxième missile balistique tiré depuis l’Iran après son entrée dans l’espace aérien turc.
Ankara a également déclaré la semaine dernière qu’elle surveillait de près les actions du groupe militant kurde iranien PJAK, alors que des discussions entre des groupes kurdes iraniens et Washington sur d’éventuelles attaques contre les forces de sécurité iraniennes ont été rapportées.
Kurdes et Iran
Dans son discours, Bahçeli a mis en garde contre toute tentative d’utiliser les Kurdes d’Iran comme force proxy contre Téhéran. Il a affirmé que les Kurdes n’étaient « pas à vendre » ni « à louer », estimant que les pousser dans le conflit équivaudrait à un plan de déstabilisation interne de l’Iran. Ces remarques surviennent quelques jours après un rapport de Reuters indiquant que des groupes kurdes iraniens avaient consulté les États-Unis sur d’éventuelles actions contre les forces iraniennes dans l’ouest du pays – une évolution qui alarme les officiels turcs, alors qu’Ankara tente de mener une initiative de paix fragile avec le PKK.
Bahçeli a aussi instrumentalisé la guerre pour renforcer un discours nationaliste de longue date, soulignant que Turcs et Kurdes partagent un destin commun et mettant en garde contre toute tentative de division ou d’ouverture d’un nouveau front entre la Turquie et l’Iran. Ses commentaires s’inscrivent dans la ligne d’Ankara, opposée à toute manœuvre transformant les groupes armés kurdes en levier soutenu par les États-Unis contre les pays voisins, que ce soit en Syrie, en Irak ou désormais en Iran.
La Turquie tente de se présenter comme un acteur cherchant à contenir le conflit plutôt qu’à y participer. Le ministre des Affaires étrangères Hakan Fidan a déclaré ce week-end que toute tentative de provoquer une guerre civile en Iran en exploitant les clivages ethniques ou sectaires serait une erreur historique. Mais les incidents de missiles sur le territoire turc, ainsi que les frappes ailleurs dans le Golfe, accroissent la pression sur Ankara pour renforcer ses défenses aériennes tout en évitant l’affrontement direct.
Les hostilités ont déjà dépassé le cadre d’un échange direct Israël-Iran pour devenir une crise régionale élargie.
L’Iran semble miser sur l’endurance, les attaques de missiles et les perturbations énergétiques pour résister politiquement à Washington et Israël plutôt que de les vaincre militairement. Cette stratégie inclut des frappes à travers le Golfe, des pressions sur les routes pétrolières et une volonté d’accroître le coût économique de la guerre pour les alliés américains et les marchés mondiaux.
Cet article a été traduit de sa version originale depuis le site Turkish Minute.
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