L’Allemagne met en garde ses citoyens contre des risques de détention pour des publications sur les réseaux sociaux en Turquie
L’Allemagne a réitéré dans sa dernière mise en garde aux voyageurs pour la Turquie que des déclarations, activités sur les réseaux sociaux ou expressions politiques considérées comme légales en Allemagne pourraient entraîner une détention ou des restrictions de voyage selon la loi turque, rapporte le Stockholm Center for Freedom.
Le ministère allemand des Affaires étrangères a indiqué dans ses conseils aux voyageurs publiés lundi que les visiteurs pourraient faire l’objet d’enquêtes, d’arrestations ou d’interdictions de sortie du territoire en raison de publications passées en ligne, de signatures de pétitions ou de participation à des événements politiques, y compris des activités qui relèveraient normalement de la liberté d’expression en Allemagne.
L’avis fait spécifiquement référence à la loi turque sur la désinformation, notant que des commentaires, partages ou « likes » sur les réseaux sociaux peuvent dans certains cas être traités comme des infractions pénales par les autorités turques.
La loi de 2022 sur la désinformation prévoit des peines allant jusqu’à trois ans de prison pour les personnes accusées d’avoir diffusé publiquement de « fausses informations » jugées menaçantes pour l’ordre public, la sécurité nationale ou la santé publique. Les organisations de défense des droits soutiennent que les définitions vagues de la loi permettent aux autorités une large discrétion pour déterminer ce qui constitue une information trompeuse ou nuisible, créant des risques juridiques pour les journalistes, les militants et les utilisateurs des réseaux sociaux.
Outre la loi sur la désinformation, les procureurs turcs s’appuient fréquemment sur la législation antiterroriste et des dispositions du code pénal telles que la « diffusion de propagande terroriste » ou l' »insulte aux représentants de l’État » dans les affaires impliquant des discours en ligne ou des commentaires politiques, selon des observateurs juridiques. Les critiques affirment que ces dispositions ont parfois été appliquées de manière large et peuvent criminaliser des formes d’expression autorisées dans de nombreux pays européens.
L’avertissement allemand conseille également aux citoyens d’éviter plusieurs provinces près des frontières orientales de la Turquie avec la Syrie et l’Irak en raison des risques sécuritaires, notamment Şırnak, Mardin, Şanlıurfa et Hakkâri. L’avis met également en garde contre la possible circulation de devises étrangères contrefaites et exhorte à la vigilance quant aux conditions de sécurité générale.
Ces dernières années, plusieurs gouvernements européens ont actualisé leurs conseils aux voyageurs pour souligner les risques de détention en Turquie liés à l’expression politique, y compris l’activité en ligne.
L’avis allemand reflète les préoccupations internationales persistantes des groupes de défense des droits et des gouvernements étrangers concernant les risques juridiques auxquels les voyageurs peuvent être confrontés en Turquie pour des activités liées à la liberté d’expression, en particulier sur les plateformes numériques.
Fin janvier, la police turque avait arrêté une délégation de 16 militants et journalistes allemands dans le sud-est de la Turquie qui s’étaient rendus dans la région en solidarité avec les Kurdes syriens, selon le parti allemand Die Linke.




