La Turquie réclame jusqu’à 15 ans de prison pour un ingénieur accusé de liens avec le réseau éducatif et associatif du mouvement Gülen aux États-Unis
Les procureurs turcs demandent jusqu’à 15 ans de prison pour l’ingénieur Baki Açıkel, accusé d’avoir joué un rôle dans des organisations éducatives et civiques basées aux États-Unis que les autorités considèrent comme liées au mouvement Gülen, selon un acte d’accusation rédigé à Ankara.
Le procureur général d’Ankara a engagé des poursuites contre Açıkel dans le cadre de la répression continue en Turquie contre les personnes accusées d’affiliation au mouvement inspiré par le regretté érudit islamique turc Fethullah Gülen.
Açıkel est le frère de Fethi Açıkel, député du Parti républicain du peuple (CHP), principal parti d’opposition et rival du Parti de la justice et du développement (AKP) du président Recep Tayyip Erdoğan.
L’acte d’accusation reproche à Açıkel d’avoir occupé des postes dans des organisations civiques et éducatives basées aux États-Unis que les procureurs affirment être liées au mouvement Gülen. Il aurait été secrétaire du conseil d’administration du Pennsylvania Dialogue Forum entre 2004 et 2006 et président de la Raritan Turkish American Foundation basée dans le New Jersey.
Les procureurs allèguent également qu’Açıkel était impliqué dans des activités éducatives à l’étranger en lien avec le mouvement Gülen et figurait comme président en 2013, 2014 et 2017 puis comme membre en 2015 dans les déclarations fiscales de la Truebright Science Academy Charter School. L’acte d’accusation le présente comme l’un des fondateurs et membres du conseil d’administration de cette école.
Açıkel a été arrêté en Turquie le 15 mars après l’ouverture d’une enquête sur ses activités.
L’acte d’accusation cite aussi les conclusions du Conseil d’enquête sur les crimes financiers (MASAK), selon lesquelles Açıkel aurait ouvert un compte avec un dépôt de 100 000 dollars à la Bank Asya en février 2014. Les tribunaux turcs ont considéré les dépôts dans cette banque aujourd’hui fermée comme preuve dans de nombreuses affaires liées au mouvement Gülen, bien que l’établissement opérait légalement à l’époque et que des activités bancaires normales ont été criminalisées.
Des témoignages inclus dans l’acte d’accusation affirment qu’Açıkel maintenait des contacts avec une figure importante du réseau américain du mouvement et jouait un rôle dans l’organisation et la gestion de projets scolaires.
Les autorités turques considèrent les liens avec des écoles, associations, fondations, médias, entreprises et œuvres caritatives affiliées au mouvement Gülen comme des preuves de culpabilité. Les critiques dénoncent des poursuites fondées sur des activités légales, des relevés financiers, des antécédents professionnels, des témoignages et des adhésions associatives.
Ce dossier s’inscrit dans le contexte des arrestations continues en Turquie pour des liens présumés avec le mouvement Gülen, près de 10 ans après le coup d’État avorté de juillet 2016. Ce mois-ci, la police a arrêté 60 personnes, dont des médecins et des fonctionnaires, dans deux opérations couvrant plusieurs provinces. Certaines sont accusées d’avoir apporté un soutien financier aux familles de personnes emprisonnées ou licenciées de la fonction publique pour des liens supposés avec le mouvement.
Lors d’une autre opération en avril, la police a interpellé 42 personnes, principalement des femmes, accusées d’avoir fourni une aide pendant le Ramadan à des familles touchées par la répression.
Erdoğan cible les sympathisants du mouvement Gülen depuis les enquêtes pour corruption de décembre 2013 impliquant des membres de son gouvernement et de son cercle proche. Il avait qualifié ces enquêtes de « complot güleniste ». En mai 2016, il a classé le mouvement comme « organisation terroriste ».
La répression s’est intensifiée après la tentative de coup d’État de juillet 2016, que Ankara attribue au mouvement Gülen. Gülen, décédé aux États-Unis en 2024, et le mouvement ont toujours nié toute implication dans cette tentative ou dans des activités terroristes.
Selon le ministère de la Justice, plus de 126 000 personnes ont été condamnées pour des liens présumés avec le mouvement depuis 2016, dont 11 085 sont toujours en prison.
Des milliers de personnes ont fui la Turquie pour échapper aux poursuites, aux licenciements de la fonction publique, aux annulations de passeports, aux saisies d’actifs et à la stigmatisation sociale liée à la purge post-coup de 2016.
Cet article a été traduit de sa version originale depuis le site Turkish Minute.
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