La Turquie propose des vérifications d’identité obligatoires sur les réseaux sociaux, suscitant des inquiétudes pour la liberté de la presse
Le ministère turc de la Justice élabore un projet de loi obligeant les utilisateurs des réseaux sociaux à vérifier leur identité via un système gouvernemental, élargissant ainsi le contrôle étatique sur la parole en ligne, rapporte le Stockholm Center for Freedom (SCF).
La proposition exigerait des utilisateurs qu’ils authentifient leur identité via le portail e-Gouvernement (e-Devlet) lors de la création de comptes, permettant aux autorités d’identifier la personne derrière chaque profil, même sous pseudonyme.
Cette législation modifierait la loi turque sur internet, connue sous le nom de Loi sur la régulation des publications sur internet et la lutte contre les crimes commis par de telles publications (Loi n°5651), qui régit le contenu en ligne et les responsabilités des plateformes depuis 2007. Cette loi a été élargie à plusieurs reprises pour accroître le contrôle étatique sur les plateformes numériques, les derniers changements étendant ce cadre en introduisant une vérification d’identité lors de la création de compte.
Le projet, annoncé par le ministre de la Justice Akın Gürlek, s’appliquerait aux plateformes comptant plus d’un million d’utilisateurs quotidiens en Turquie, notamment X, Instagram, YouTube et TikTok.
Selon le système proposé, les utilisateurs créant un compte seraient redirigés vers e-Devlet pour la vérification d’identité. Au lieu de partager directement des données personnelles avec les plateformes, le système générerait une clé numérique unique confirmant la vérification, tandis que le jumelage d’identité serait stocké par l’Autorité des technologies de l’information et de la communication (BTK), le régulateur des télécommunications turc.
Les plateformes de réseaux sociaux devraient s’intégrer au système e-Devlet et s’assurer que les utilisateurs complètent la vérification d’identité avant d’ouvrir ou de maintenir un compte.
Gürlek a défendu ce projet comme nécessaire pour lutter contre les faux comptes, introduire une vérification d’âge pour les mineurs et garantir que les utilisateurs soient tenus responsables de leurs publications, le présentant comme une mesure pour protéger les enfants et réduire les abus en ligne.
Mais Okan Konuralp, député d’opposition du Parti républicain du peuple (CHP), lors d’une session parlementaire mercredi, a qualifié la proposition d' »initiative de profilage numérique », affirmant qu’elle permettrait aux autorités de suivre l’utilisation des comptes et de les relier à des individus sous prétexte de protection des enfants.
Yaman Akdeniz, expert en droit cybernétique et cofondateur de l’Association pour la liberté d’expression (İFÖD), a déclaré sur X que ces changements signifient que « l’utilisation anonyme d’internet en Turquie prend effectivement fin », décrivant le système comme une forme d' »identité numérique » obligatoire permettant une surveillance généralisée.
La proposition exigerait effectivement que tous les utilisateurs lient leurs comptes à des identités vérifiées, permettant aux autorités d’identifier les individus même sous pseudonyme.
Le projet inclut des sanctions strictes pour les plateformes non conformes : amendes jusqu’à 3% du revenu mondial, interdictions publicitaires et restrictions de bande passante. Pour certains délits, les autorités pourraient demander les informations d’identité vérifiées sous 30 jours.
La proposition n’est pas encore adoptée, et les officiels prévoient environ neuf mois pour sa mise en œuvre potentielle.




