La Turquie prévoit de supprimer progressivement les plastiques à usage unique dans le cadre de nouvelles réglementations
La Turquie prépare de nouvelles réglementations visant à réduire la pollution plastique en interdisant la vente de plusieurs produits en plastique à usage unique, a rapporté mercredi l’agence de presse publique Anadolu.
Le règlement, élaboré par le ministère de l’Environnement, de l’Urbanisation et du Changement climatique, s’inscrit dans le cadre de la Stratégie nationale et du Plan d’action pour une économie circulaire 2025-2028 du gouvernement et d’une feuille de route plus large ciblant les plastiques à usage unique, les déchets marins et les microplastiques.
Les responsables affirment que ces mesures visent à réduire l’impact environnemental des déchets plastiques et à aligner les politiques de la Turquie sur la directive européenne sur les plastiques à usage unique adoptée en 2019.
Produits ciblés par l’interdiction
Selon les règles proposées, plusieurs articles en plastique jetables couramment utilisés seraient progressivement retirés du marché en raison de leur contribution à la pollution environnementale.
Il s’agit notamment des couverts en plastique tels que les fourchettes, couteaux, cuillères et baguettes, ainsi que des assiettes en plastique, pailles, gobelets et contenants pour boissons, cotons-tiges à tige en plastique et contenants alimentaires en polystyrène expansé.
Le ministère prévoit également d’encourager l’utilisation d’alternatives comme le verre, la porcelaine, le bois et le carton pour remplacer les produits en plastique jetables.
Selon les responsables, le retrait des produits ciblés du marché pourrait permettre d’éviter environ 1,5 million de tonnes d’émissions équivalentes de dioxyde de carbone chaque année tout en économisant environ 1,5 milliard de livres turques en coûts de gestion des déchets.
Le gouvernement envisage également des mesures supplémentaires pour limiter la consommation de plastique, notamment des restrictions et des exigences d’étiquetage pour les produits contenant partiellement du plastique, tels que les gobelets et contenants alimentaires, les sacs de courses, les lingettes humides et les lingettes de nettoyage de surfaces.
Des restrictions similaires ont déjà été introduites dans une grande partie de l’Europe dans le cadre de la directive européenne sur les plastiques à usage unique.
La France est allée au-delà de la directive avec des interdictions plus larges et des objectifs de recyclage plus élevés, tandis que l’Allemagne a intégré les règles dans sa législation nationale et créé un « Fonds pour les plastiques à usage unique » financé par les producteurs pour soutenir des projets environnementaux.
L’Espagne a interdit plusieurs produits en plastique jetables et introduit une taxe sur les emballages plastiques, et les Pays-Bas ont commencé à facturer des frais pour certains articles à usage unique en 2023 tout en les supprimant progressivement à partir de 2024.
Plusieurs autres pays de l’UE, dont l’Irlande, l’Italie et la Grèce, ont également introduit des interdictions ou des taxes supplémentaires pour réduire la consommation de plastique.
Consommation de plastique en Turquie
Selon les données officielles, la Turquie a consommé 709 348 tonnes de produits en plastique à usage unique en 2022.
Cela comprenait 155 935 tonnes de bouteilles en plastique pour boissons, 120 000 tonnes de gobelets en plastique, 63 000 tonnes de contenants alimentaires, 32 406 tonnes de couverts en plastique, 25 584 tonnes d’assiettes en plastique, 10 234 tonnes de pailles, 5 117 tonnes de bâtonnets mélangeurs en plastique et 2 858 tonnes de bâtonnets de coton-tige.
Critiques internationales sur les importations de déchets
Bien que la Turquie envisage des mesures pour réduire les plastiques à usage unique, le pays a également fait face à des critiques internationales concernant son rôle de destination majeure pour les exportations de déchets plastiques en provenance d’Europe.
Une analyse de l’Initiative mondiale contre la criminalité transnationale organisée, basée à Genève, a révélé que depuis 2018, la Turquie est devenue l’une des principales destinations pour les exportations de déchets plastiques européens après que la Chine a restreint ces importations. Selon le rapport, une part importante des déchets plastiques précédemment envoyés en Chine a été redirigée vers la Turquie.
Le rapport soutient qu’une application faible des règles, des réglementations fragmentées et des risques de corruption pourraient rendre la Turquie vulnérable aux expéditions légales et illégales de déchets.
Il soulève également des inquiétudes quant au fait que certaines expéditions étiquetées comme plastique recyclable pourraient en réalité contenir des matériaux mélangés, contaminés ou de mauvaise qualité difficiles à recycler.
Les enquêteurs ont dans certains cas rapporté des preuves que des déchets plastiques importés avaient été déversés dans des zones ouvertes, brûlés ou stockés de manière inappropriée, ce qui pourrait poser des risques environnementaux et sanitaires.
Des préoccupations similaires ont été soulignées dans les médias internationaux. Selon une enquête du Guardian l’année dernière, des groupes environnementaux et des chercheurs sur le terrain ont trouvé des preuves que certains déchets plastiques importés avaient fini dans des sites de décharge illégaux ou avaient été brûlés, libérant des polluants dans l’air.
Les chercheurs ont également averti qu’une surveillance faible et des lacunes dans les systèmes de suivi des déchets rendent difficile de s’assurer que tous les déchets importés sont correctement recyclés.
La Turquie nie ces allégations, affirmant que certains rapports contenaient des affirmations trompeuses ou manipulatoires.
Les responsables ont déclaré que les importations de déchets sont soumises à des réglementations strictes et que seuls les matériaux recyclables adaptés aux installations de recyclage agréées sont autorisés dans le pays.




