La Turquie prévoit de rapatrier des femmes et enfants détenus dans des camps liés à l’EI dans le nord de la Syrie
La Turquie a décidé de rapatrier des citoyennes turques et des enfants de moins de 12 ans détenus dans les camps d’Al-Hol et d’Al-Roj dans le nord-est de la Syrie, selon des sources diplomatiques citées par le site d’information Kısa Dalga.
Les femmes et enfants — principalement des épouses, et dans de nombreux cas des veuves, d’hommes affiliés à l’État islamique en Irak et au Levant (EIIL) — devraient suivre un processus de réhabilitation et de réinsertion dans les camps avant leur transfert en Turquie, rapporte le site.
Al-Hol et Al-Roj hébergent depuis des années des dizaines de milliers de femmes et enfants originaires de plus de 70 pays, pour la plupart des proches de combattants de l’EIIL capturés lors de l’effondrement du groupe.
Les camps sont administrés depuis des années par les Forces démocratiques syriennes (FDS) dirigées par les Kurdes, un partenaire clé de la coalition internationale menée par les États-Unis contre l’EIIL.
Ce plan de rapatriement intervient dans un contexte de changements majeurs dans le nord-est syrien. Depuis début janvier, les forces gouvernementales syriennes et leurs alliés ont repoussé les FDS d’une grande partie du nord de la Syrie, alors que le nouveau gouvernement de Damas cherche à étendre son contrôle sur les zones kurdes autonomes.
Les forces gouvernementales syriennes sont entrées et ont pris le contrôle d’Al-Hol la semaine dernière après le retrait des forces kurdes, tandis qu’Al-Roj reste sous administration kurde.
Négociations impliquant Washington, Bagdad et Damas
Kısa Dalga rapporte qu’Ankara mène depuis mars des discussions via un canal Washington-Bagdad-Damas et a proposé des garanties pour prendre en charge ses ressortissants détenus dans le nord de la Syrie.
Selon les chiffres des Nations unies de novembre 2025, environ 35 000 femmes et enfants se trouvent encore dans les deux camps. Les citoyens turcs représenteraient environ 1 300 d’entre eux.
Une délégation turque aurait visité les camps en août, interrogeant des détenus, recueillant leurs empreintes digitales et examinant leurs antécédents de recrutement.
Le rapport indique que la Turquie travaille également à établir l’identité des enfants nés dans les zones de conflit, notamment par des tests ADN pour confirmer les liens familiaux avant le transfert.
La journaliste Amberin Zaman a déclaré cette semaine dans un post sur X qu’au moins 50 familles turques se trouveraient à Al-Roj, toujours sous administration kurde. Elle ajoute que selon les derniers chiffres de l’ONU, 1 003 citoyens turcs étaient à Al-Hol, le plus grand camp repris la semaine dernière par les forces gouvernementales syriennes.
Zaman, qui a interviewé l’une des détenues turques d’Al-Roj pour Al-Monitor, cite cette femme lançant un appel au gouvernement turc, bien qu’elle ait demandé à rester anonyme.
Halen Suriye’deki Kürt yönetiminin idaresi altında bulunan DAİŞ savaşçılarının ailelerinin tutulduğu Roj kampında en az 20 Türkiyeli aile bulunuyor. İsmini paylaşmak istemeyen bu genç kişi @AlMonitor aracılığıyla Türk hükümetine seslendi. Geçtiğimiz hafta Şam yönetiminin el… pic.twitter.com/CRIGGzeOdc
— Amberin Zaman (@amberinzaman) January 28, 2026
La jeune femme, dans une vidéo postée par Zaman, a appelé le gouvernement turc à assurer leur rapatriement en Turquie dès que possible.
Un processus de réhabilitation pouvant durer jusqu’en 2027
Dans le cadre d’un accord avec les acteurs sur place, la Turquie devrait déployer des psychologues et des spécialistes des services sociaux pour superviser des programmes de réhabilitation dans les camps, un processus qui pourrait se prolonger jusqu’à mi-2027.
Une fois en Turquie, les enfants seront placés sous protection de l’État et bénéficieront de soins centrés sur les traumatismes sous la coordination des ministères de la Famille et des Services sociaux et de la Santé, selon le rapport. Les procédures de garde ne débuteront qu’après l’achèvement des programmes de thérapie et d’intégration.
Les adolescents de 12 à 18 ans sont détenus dans des installations séparées mises en place par les FDS depuis 2023 pour prévenir la radicalisation, rapporte Kısa Dalga. Environ 600 garçons turcs seraient concernés, dont certains ayant reçu un entraînement militaire de l’EIIL.
Les autorités étudient également si leur réhabilitation doit être achevée en Syrie avant tout transfert vers la Turquie.
L’option d’un procès à la frontière en discussion
Le rapport indique que les autorités judiciaires et sécuritaires turques envisagent également la tenue de procès devant des tribunaux frontaliers pour des raisons de sécurité, ressuscitant un modèle similaire à la pratique controversée des « tribunaux de Habur » utilisée en 2009.
Ce modèle avait été introduit lors de l’ouverture kurde de la Turquie, lorsque des membres du Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK) interdit étaient entrés en Turquie depuis l’Irak par le poste frontalier de Habur et interrogés par des tribunaux spéciaux. Ce processus avait provoqué un tollé et des controverses politiques, conduisant à son abandon.
La Turquie a à plusieurs reprises demandé que les camps et prisons abritant des suspects membres de l’EIIL et leurs proches dans le nord-est syrien soient transférés sous le contrôle du gouvernement syrien de transition plutôt que des FDS, qu’elle considère comme liées au PKK, suite au renversement du président Bachar al-Assad en décembre 2024.
Ankara a déclaré être prête à fournir un soutien pour la gestion de ces installations.
Les camps de l’EIIL en Syrie sont décrits comme des centres de détention à ciel ouvert dont la population a explosé après la défaite de l’EIIL en 2019. Les organisations de défense des droits de l’homme dénoncent depuis longtemps les conditions inhumaines dans ces camps surpeuplés.
De nombreux pays, notamment occidentaux, refusent de rapatrier leurs ressortissants de ces camps par crainte de risques sécuritaires liés à leurs supposés liens avec l’EIIL.




