La Turquie passe de route de transit à plaque tournante de la production de drogue selon la police turque
La Turquie a dépassé son rôle traditionnel de corridor pour les drogues illégales pour devenir un marché de destination et un centre de production, selon un rapport 2025 de la police turque.
La Turquie se situe sur d’importantes voies terrestres et maritimes reliant l’Asie et le Moyen-Orient à l’Europe, et les responsables affirment que les trafiquants utilisent de plus en plus le pays non seulement pour acheminer les drogues, mais aussi pour les transformer et les fabriquer.
Le rapport documente 49 installations de conversion de méthamphétamine découvertes entre 2022 et 2024, dont 44 situées à Istanbul.
Les autorités ont également identifié plus de 10 opérations illégales de fabrication de comprimés pharmaceutiques et deux sites de production de Captagon dans les provinces frontalières, indique le rapport.
Les décès liés à la drogue ont augmenté de 42% pour atteindre 427 en 2024, les cannabinoïdes synthétiques et la méthamphétamine étant les substances les plus fréquemment détectées dans les cas mortels, selon le rapport.
Six de ces décès concernaient des enfants âgés de 15 à 18 ans, précise-t-il.
La plus forte augmentation concerne les drogues synthétiques
La hausse la plus marquée a été enregistrée pour les médicaments synthétiques, une catégorie qui inclut les médicaments contrefaits ou illégaux utilisés à des fins narcotiques, indique le rapport.
Les autorités ont saisi 94,7 millions de comprimés en 2024, soit une augmentation de 227% par rapport à l’année précédente.
Les produits contenant de la prégabaline, principe actif présent dans des médicaments sur ordonnance comme le Lyrica, représentaient une part importante des saisies.
Le rapport attribue en partie ce changement à la baisse de disponibilité de l’héroïne après l’interdiction de la culture du pavot en Afghanistan, poussant certains usagers vers des substances synthétiques.
L’expansion du traitement de la méthamphétamine en Turquie
Les saisies de méthamphétamine ont augmenté de 54% pour atteindre 33,8 tonnes en 2024.
Les responsables affirment que la méthamphétamine est souvent introduite en Turquie sous forme liquide via les frontières iranienne et irakienne, puis transformée en cristaux dans des centres de conversion.
Le rapport mentionne également que certains chargements en provenance du Mexique utilisent la Turquie comme route de transit vers le Japon, avec des saisies fréquentes à l’aéroport d’Istanbul.
Les ports turcs de plus en plus utilisés pour le trafic de cocaïne
Les saisies de cocaïne ont augmenté de 23% pour atteindre 3,08 tonnes en 2024, un record selon le rapport.
Les ports turcs sont de plus en plus utilisés sur les routes transatlantiques acheminant la cocaïne d’Amérique latine vers l’Europe.
Le port de Mersin a enregistré des saisies totalisant 4,1 tonnes entre 2018 et 2024, tandis que le port d’Ambarlı à Istanbul a vu 1,8 tonne saisie sur la même période.
Les trafiquants utilisent également une méthode d' »imprégnation » intégrant la cocaïne dans des cargaisons légales comme des engrais ou des sols.
Lors de deux opérations à Antalya et Istanbul, les autorités ont saisi près d’une tonne de cocaïne dissimulée dans des envois légaux, dont 608 kg rien qu’à Antalya.
L’Afghanistan reste la principale source d’héroïne malgré l’interdiction des talibans
Les saisies d’héroïne ont augmenté de 31% pour atteindre 4,3 tonnes en 2024.
Malgré les restrictions imposées par les talibans sur la culture du pavot, l’Afghanistan reste la principale source mondiale d’héroïne.
La route des Balkans, passant par l’Iran et la Turquie avant d’atteindre l’Europe occidentale et centrale, reste très utilisée.
Déplacement de la production de Captagon avec l’instabilité régionale
Les autorités ont saisi 15,9 millions de comprimés de Captagon en 2024, une augmentation de 15,6%.
Le Captagon est un stimulant de type amphétamine produit et trafiqué depuis des années au Moyen-Orient.
La plupart des saisies ont eu lieu dans les provinces proches de la frontière syrienne, notamment Hatay et Gaziantep.
L’instabilité en Syrie a poussé une partie de la production vers l’Irak, tandis que la Turquie reste un pays de transit clé.
Des ateliers de fabrication de Captagon ont été détectés dans les provinces de Hatay et Kilis.
Les cannabinoïdes synthétiques responsables du plus grand nombre de décès
Les cannabinoïdes synthétiques, communément appelés « bonzai » en Turquie, étaient liés à 204 des 427 décès liés à la drogue en 2024.
Les saisies ont augmenté de 25% pour atteindre 2,49 tonnes, et les incidents liés ont augmenté de plus de 95%.
En mai 2025, la police a découvert à Istanbul un atelier contenant 100 kg de matière première de cannabinoïdes synthétiques ainsi que des produits chimiques de transformation.
La substance est souvent appliquée sur des produits légaux pour la distribution, ce qui complique sa détection.
Le gouvernement intensifie sa réponse
Les autorités turques ont mené 309 028 opérations liées à la drogue en 2024, une augmentation de 22,7%, avec 374 948 suspects interpellés.
Le gouvernement a alloué 10,3 milliards de livres turques à la lutte antidrogue, soit une augmentation budgétaire de 49%.
La Turquie est sortie de la liste grise du GAFI en juin 2024.
Les autorités ont saisi des actifs d’une valeur de 32,4 milliards de livres, ainsi que 251 véhicules et 640 propriétés dans le cadre d’enquêtes sur les produits du crime.
Le rapport souligne l’aggravation des risques tant du côté de l’offre que de la demande dans le commerce de la drogue en Turquie, avec l’expansion des substances synthétiques et l’augmentation des décès liés.
Cet article a été traduit de sa version originale depuis le site Turkish Minute.
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