La Turquie offre un navire de guerre aux Maldives tout en vendant des drones armés produits par le gendre d’Erdogan
La Turquie intensifie l’utilisation de ses exportations militaires et de l’aide défensive comme instruments de politique étrangère, associant ventes d’armes et dons pour consolider ses relations et élargir son influence à l’international. Le dernier exemple concerne les Maldives, qui ont à la fois reçu un ancien navire de la marine turque en don et commencé à utiliser des drones armés turcs fabriqués par une entreprise appartenant à la famille du gendre du président Recep Tayyip Erdogan.
Le 15 août, la Force nationale de défense des Maldives (MNDF) a officiellement intégré un patrouilleur rapide de classe Doğan à sa flotte garde-côtes à Malé, capitale de ce petit État insulaire situé au sud-ouest du Sri Lanka dans l’océan Indien. Le navire, rebaptisé CGS Dharumavantha, servait auparavant dans la marine turque sous le nom de TCG Volkan (P-343). Construit sur un design allemand Lürssen Werft connu sous le nom de FPB-57, il fut lancé en 1980 et entra en service turc l’année suivante. Pendant plus de quatre décennies, il effectua des missions de défense côtière et d’entraînement avant d’être reconverti en 2024 comme plateforme d’essais.
Avant son transfert, le navire subit une importante maintenance et modernisation au chantier naval d’Istanbul. Dix-neuf marins maldiviens suivirent un mois de formation en Turquie début 2024 pour son maniement. Transporté par cargo, il quitta Istanbul le 1er juillet pour arriver à Malé le 7 août avant la remise officielle. Le gouvernement maldivien précisa que le Dharumavantha soutiendra les patrouilles, la lutte contre la contrebande et les opérations d’urgence à travers son archipel dispersé.

Ce don militaire coïncide avec une autre étape de coopération bilatérale. En mars 2024, le Corps aérien maldivien – nouvelle branche de la MNDF – reçut trois drones armés Bayraktar TB2 de Turquie. La livraison eut lieu à l’aéroport international de Maafaru sur l’atoll Noonu, où un appareil effectua sa première mission de patrouille le jour même. Malé n’a pas confirmé le nombre total de drones commandés, mais les médias turcs évoquent six systèmes. Le contrat, signé le 3 mars 2024 , était évalué à 37 millions de dollars.
Les drones TB2 sont produits par Baykar, un fabricant turc de défense co-détenu par Selçuk Bayraktar, gendre du président Erdogan depuis 2016. Ces drones sont devenus l’une des exportations phares de la Turquie, déployés en Ukraine, Syrie, Libye et dans le Caucase du Sud. Aux Maldives, ils fourniront des capacités de surveillance et de frappe en temps réel sur de vastes zones maritimes où la MNDF dispose de moyens limités.
Les opérateurs maldiviens commencèrent leur formation en Turquie début 2024, le premier groupe étant rentré plus tôt cette année. Un second groupe devrait suivre, selon des responsables maldiviens. Le bureau du président Mohamed Muizzu précisa que ces appareils sécuriseront les pêcheries, surveilleront les routes de contrebande et renforceront le contrôle frontalier.

La décision turque d’offrir le Dharumavantha gratuitement tout en vendant des drones sophistiqués reflète une tendance plus large de la politique étrangère d’Ankara. Les analystes soulignent que le gouvernement combine de plus en plus exportations militaires, allègements de dette et projets d’infrastructure pour étendre son influence dans des régions moins couvertes par l’Occident.
Nordic Monitor a révélé que la Turquie a annulé ou restructuré les dettes de plusieurs pays ayant acheté du matériel militaire turc. Le Kirghizistan acquit ainsi pour 33 millions de dollars de drones et véhicules blindés turcs tandis qu’Ankara effaçait près de 59 millions de dollars de dette. Bien qu’Erdogan présente cela comme un soutien aux initiatives environnementales, le texte de l’accord ne mentionnait aucun projet climatique.
L’article soulignait aussi l’engagement turc en Somalie, où plus d’un milliard de dollars d’aide fut fourni depuis 2011, incluant le paiement de dettes au FMI. Parallèlement, Ankara y développa sa présence militaire et attribua d’importants contrats à des entreprises turques. Les critiques dénoncent une stratégie liant aide et ventes d’armes pour asseoir une influence à long terme, bénéficiant aux sociétés proches du pouvoir.
Les partisans de cette politique y voient l’émergence de la Turquie comme donateur au Sud global et sa quête de partenariats multipolaires. Le gouvernement la présente comme une alternative aux modèles d’aide occidentaux, combinant construction étatique, sécurité et assistance économique.
Les chiffres de l’Assemblée des exportateurs turcs illustrent cette tendance : les exportations militaires atteignirent 5,5 milliards de dollars en 2023 (+31%). Cette croissance repose largement sur les drones comme le TB2, l’Akinci et l’Aksungur. Ankara y voit un renforcement de son statut international et de son industrie de défense, fer de lance de l’agenda économique d’Erdogan.

Pour les Maldives (500 000 habitants dispersés sur 1 000 îles), l’acquisition du Dharumavantha et des TB2 marque le plus important renforcement militaire récent. Ces moyens permettront de sécuriser sa vaste zone économique exclusive contre la pêche illégale, la piraterie et les trafics. Pour Ankara, ces transferts démontrent comment dons et ventes d’armes peuvent conjointement bâtir des partenariats loin de son voisinage immédiat.
La pérennité de cette influence fait débat. L’opposition turque critique ces dons militaires et annulations de dette alors que l’économie nationale souffre d’une inflation élevée et d’une monnaie affaiblie. Mais le gouvernement Erdogan juge ces gestes indispensables pour consolider le rôle de la Turquie comme puissance émergente et ouvrir de nouveaux marchés à son industrie de défense.
Cet article a été traduit de sa version originale depuis le site Nordic Monitor.
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