La Turquie investit dans des athlètes étrangers pour viser l’or aux JO de Los Angeles
La Turquie propose un soutien financier à long terme pour recruter des stars jamaïcaines et kényanes de l’athlétisme, avec pour objectif de remporter plusieurs médailles d’or aux Jeux Olympiques de 2028 à Los Angeles.
Cette décision fait suite à la piètre performance turque lors des JO 2024 à Paris, où le pays n’a remporté aucune médaille d’or sur les huit obtenues toutes disciplines confondues.
Quatre Jamaïcains de haut niveau, dont Roje Stona, médaillé d’or du lancer de disque masculin en 2024, et un quintet de Kényans, parmi lesquels l’ancienne détentrice du record du monde du marathon féminin Brigid Kosgei, ont accepté de changer de nationalité sportive.
Cependant, Önder Özbilen, coordinateur de l’équipe olympique turque d’athlétisme à l’origine de ce recrutement, a insisté auprès de l’AFP qu’il ne s’agissait pas d’agiter un chéquier pour attirer les athlètes.
“Ce n’est pas un Turc qui se pointe dans certains pays avec un sac d’argent à la main”, a-t-il déclaré.
“C’est le projet de naturalisation le plus long terme et humaniste au monde à ce jour”, a-t-il ajouté.
Ce n’est pas la première fois que la Turquie accueille des athlètes étrangers – ni le seul pays à le faire.
Le Qatar, par exemple, a sécurisé de nombreux talents kényans et éthiopiens, dont Stephen Cherono, devenu Saif Saaeed Shaheen, champion du monde du 3000 m steeple en 2003 et 2005.
Özbilen a démenti les rapports évoquant des primes de 500 000 dollars pour changer de nationalité, mais a confirmé que certains recevraient 300 000 dollars sur 30 mois.
Cette somme compensera l’absence de primes de victoire et la perte de contrats publicitaires pendant les trois années d’inactivité obligatoire avant de pouvoir concourir sous leur nouveau drapeau.
Özbilen affirme avoir rejeté 30 autres candidatures d’athlètes, dont certains Américains, jugés uniquement motivés par l’argent.
Il a néanmoins réussi à attirer l’élite des lanceurs jamaïcains.
Aux côtés de Stona, on trouve Wayne Pinnock et Rajindra Campbell, médaillés d’argent et de bronze du saut en longueur et du lancer de poids à Paris.
Le quatrième recrue est le jeune espoir Jaydon Hibbert, 21 ans, 4e du triple saut à Paris.
Heureusement pour la Jamaïque, où les athlètes sont vénérés, cette liste ne comprend pas de sprinteurs éminents comme Oblique Seville, champion du monde du 100m.
‘Arrose vos fleurs’
Les athlètes percevront un salaire mensuel entre 3000 et 7000 dollars, avec des primes généreuses pour chaque médaille.
Un titre olympique sera récompensé par 1000 pièces d’or turques (Cumhuriyet Altını), soit plus d’un million de dollars.
Le manager de Stona, Paul Doyle, n’a pas mâché ses mots sur les raisons de ce transfert.
Sans ce soutien, “il aurait eu beaucoup de mal à continuer de se consacrer à ce sport”, a-t-il confié à l’AFP.
Pinnock abonde dans ce sens.
“Je n’ai pas le choix. J’aime mon pays, mais la loyauté ne paie pas les factures”, a déclaré le jeune homme de 25 ans au média The Inside Lane en juillet.
Özbilen, qui évoque aussi les signatures de l’heptathlète russe Sofia Yakushina et de la Nigériane Favour Ofili (médaillée d’argent du 200m aux Jeux du Commonwealth 2022) jusqu’en octobre 2032, rejette l’idée d’une motivation purement financière.
“Ce ne sont pas des transferts mercenaires”, argue-t-il, précisant que certains athlètes avaient été “oubliés par leurs fédérations”.
Le Canadien Ethan Katzberg, double champion du monde du lancer de marteau, a en revanche décliné l’offre.
“L’argent n’était même pas le problème”, a expliqué son agent Robert Wagner à l’AFP.
Cette politique de recrutement ne fait pas l’unanimité en Turquie, notamment parmi les athlètes et entraîneurs locaux.
Özbilen y voit pourtant un catalyseur pour développer l’athlétisme national.
“Ils serviront de modèles pour attirer les talents locaux”, affirme-t-il.
World Athletics, la fédération internationale, devra valider ces transferts en vérifiant l’existence d’“un lien authentique avec le pays représenté”.
Wagner espère que chaque dossier sera étudié “avec la plus grande attention”.
“On ne peut pas juste avoir un appartement où quelqu’un arrose vos fleurs en votre absence”, a-t-il ironisé.
Özbilen, qui précise que tous les athlètes ont un logement en Turquie, se montre serein sur le calendrier.
“Nous attendons respectueusement et suivons pleinement la feuille de route”, a-t-il conclu.
© Agence France-Presse




