La Turquie examine la gestion des données des enfants par les principales plateformes de médias sociaux
L’autorité turque de protection des données a ouvert un examen sur la manière dont six grandes plateformes de médias sociaux traitent les données personnelles des enfants, alors qu’Ankara prépare une législation distincte qui renforcerait le contrôle de l’État sur les comptes et contenus en ligne.
L’Autorité de protection des données personnelles a déclaré que le Conseil de protection des données personnelles a décidé de lancer un examen d’office concernant TikTok, Instagram, Facebook, YouTube, X et Discord. L’autorité a précisé que cet examen analysera le traitement des données personnelles des enfants sur ces plateformes et les mesures de protection existantes, invoquant « l’intérêt supérieur de l’enfant » et la nécessité de les protéger des risques dans les environnements numériques.
Cette initiative intervient alors que le Parti de la justice et du développement (AKP) au pouvoir devrait soumettre dans les prochains jours à l’Assemblée un projet de « paquet famille » introduisant de nouvelles règles pour les comptes de médias sociaux, incluant vérification d’identité et restrictions d’âge.
La proposition imposerait aux plateformes de vérifier l’identité des utilisateurs via un numéro de téléphone ou une intégration avec le système de services numériques e-Devlet du gouvernement. Les moins de 15 ans se verraient interdire l’ouverture de comptes, avec des restrictions techniques ou biométriques supplémentaires possibles pour les moins de 18 ans.
Le projet prévoirait aussi un mécanisme permettant aux autorités d’ordonner le retrait rapide de contenus jugés illégaux sans attendre une décision judiciaire. Les plateformes ne respectant pas ces exigences pourraient subir des pénalités incluant des réductions graduelles de bande passante internet – une mesure déjà utilisée contre des entreprises de médias sociaux.
Le ministre de la Justice Akın Gürlek a défendu la vérification d’identité, arguant que les comptes anonymes favorisent le harcèlement en ligne, la diffamation et les tentatives d’influence sur les procédures judiciaires. Selon lui, lier les comptes à des identités vérifiées rendrait les utilisateurs juridiquement responsables de leurs publications.
Les défenseurs des droits estiment que cette obligation pourrait redéfinir la liberté d’expression en ligne en Turquie. Kerem Altıparmak, universitaire de l’Association pour la liberté d’expression (İFÖD), qualifie cette mesure de « restriction radicale » de la liberté internet et s’interroge sur sa proportionnalité. Il met aussi en garde contre des restrictions d’accès élargies qui réduiraient le débat public en ligne.
La Turquie a accru son contrôle étatique sur internet depuis le coup d’État avorté de 2016, adoptant des lois renforçant le pouvoir de blocage de sites, d’obligation de retrait de contenus et d’implantation locale des géants des médias sociaux. Les ONG dénoncent un renforcement du contrôle gouvernemental sur les contenus en ligne et des enquêtes liées à l’activité sur les réseaux sociaux.
Cet article a été traduit de sa version originale depuis le site Turkish Minute.
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